La reprise de la production présentée en 2014 suscite à nouveau l’enthousiasme sous la direction magnifique de Raphaël Pichon à la tête de son Ensemble Pygmalion

Quatre ans plus tard, qu’allait-il rester de cette Flûte enchantée mozartienne qui avait émerveillé en 2014 le Festival d’Aix-en-Provence ? Tout. Et plus encore. Car le spectacle mis en scène par Simon McBurney s’est à la fois enrichi et épuré. Enrichi des mille et une familiarités acquises par le jeu des chanteurs, épuré par leur souplesse et leur naturel.

Le propos n’a rien perdu de son impact dramaturgique. Toujours s’invitent dans cette Flûte sauvée des ténèbres, l’ombre de La Tempête shakespearienne avec ses spectres, ses monstres et ses fols. Il y a du Prospero dans Sarastro, du Caliban dans Monostatos, du Miranda dans Pamina, du Ferdinand dans Tamino, et même, pourquoi pas, l’esprit d’Ariel dans les trois jeunes garçons grimés en trolls…

Les beaux ciels d’orage de Jean Kalman, la vidéo inventive de Finn Ross, et plus encore les deux « magiciens » circonscrits de part et d’autre du plateau – un scribe virtuose et une bruiteuse poète – habillent des songes en forme de cauchemars ou de rêves, sans que nul répit ne soit laissé à la musique. On a beau s’y attendre, l’arrivée de la Reine de la Nuit en vieillarde claudicante à longs cheveux gris reste un choc, d’autant qu’elle dégage l’incoercible violence d’une douleur abyssale, bien loin des colères telluriques des méchantes reines et autres féés stellaires.

Frustré sexuel au bord de la crise de nerfs

Comme il y a quatre ans, la soprano américaine Kathryn Levek, Reine de la Nuit paroxystique mais profondément humaine, recueillera par deux fois un succès mérité. Tout comme le Papageno du baryton néerlandais Thomas Oliemans (dont le costume constellé de fientes pourrait justifier le surnom de « Papaguano »), frustré sexuel au bord de la crise de nerfs, que poursuit une meute d’oiseaux de papier blanc bruissant les ailes du désir.

Plus encore que dans le souvenir nous a séduit la franche et très expressive Pamina de la soprano norvégienne…

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