L’adolescente avait recouvert de papier kraft des réflexions sur la sexualité, mais la technologie de traitement de l’image a permis de déchiffrer le contenu de ces pages.

Des chercheurs ont dévoilé mardi 15 mai que deux pages du journal intime d’Anne Frank, recouvertes de papier kraft, contenaient des « blagues salaces » et des réflexions sur le sexe.

« Je vais utiliser cette page pour écrire des blagues salaces », notait-elle le 28 septembre 1942, rapporte la Maison Anne-Frank. L’adolescente juive, alors âgée de 13 ans, a rédigé quatre blagues licencieuses et trente-trois lignes évoquant l’éducation sexuelle.

« Anne Frank écrit sur la sexualité de manière désarmante. Comme toute adolescente, elle s’interroge sur ce sujet », a expliqué Ronald Leopold, directeur de la Maison Anne-Frank. Du papier kraft avait été utilisé pour recouvrir les deux pages du journal, mais la technologie de traitement de l’image a permis d’en déchiffrer leur contenu.

Dans une phrase, elle évoque par exemple la prostitution :

« Tous les hommes, s’ils sont normaux, vont avec des femmes, des femmes comme ça les accostent dans la rue, et ensuite, ils partent ensemble. À Paris, ils ont des grandes maisons pour ça. Papa y est allé. »

Dans ces pages, l’adolescente fait également « une plaisanterie à propos d’un cocu qui retrouve un homme nu caché dans le placard de sa femme », rapporte Courrier international.

Comme le souligne le Guardian, elle aborde aussi la question de la menstruation, décrivant l’arrivée des règles chez une jeune femme comme « un signe qu’elle est mûre pour avoir des relations avec un homme, même si cela ne se fait pas, évidemment, avant le mariage ».

La jeune fille longtemps relayée en second plan

Pour Ronald Leopold, ces découvertes nous « rapprochent encore plus de la jeune fille et écrivaine Anne Frank ». Quelques mois après avoir recouvert la première inscription, « elle a souligné l’importance d’avoir une éducation sexuelle complète et de qualité, et ne pas comprendre pourquoi les adultes étaient si discrets sur le sujet ».

Pour la Maison Anne-Frank, la diffusion de ces textes se justifie par le fait que « pendant des décennies Anne est devenue un symbole mondial de l’Holocauste, et Anne “la jeune fille” a été relayée au second plan. Ces textes replacent au premier plan la curieuse et, à maints égards, précoce adolescente ».

On ignore pourquoi cette dernière avait recouvert les pages avec du papier kraft, mais à plusieurs reprises dans son récit, elle évoque la crainte que d’autres puissent lire ses écrits. Le 3 octobre 1942, elle écrit ainsi : « Papa grogne à nouveau et menace de me prendre mon journal. Horreur des horreurs, à partir de maintenant, je vais le cacher. »

Selon la fondation, Anne Frank avait « glané des informations sur le sujet de la sexualité auprès de ses parents, surtout de son père, de son amie Jacqueline et aussi dans des livres ». L’adolescente et sa famille se cachèrent à Amsterdam au cours de la seconde guerre mondiale. En 1942, la famille Frank s’était réfugiée dans une annexe secrète d’un bâtiment appartenant à la société du père afin d’échapper aux nazis.

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Le casse-tête Anne Frank

L’adolescente y avait rédigé son journal, devenu l’un des récits emblématiques de l’Occupation, jusqu’à l’arrestation et la déportation de la famille, en 1944. Anne Frank est morte en 1945, à l’âge de 15 ans, dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, quelques mois avant la fin de la guerre. Publié deux ans plus tard, son journal s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires.

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