Le président congolais a attendu ce mercredi, date limite du dépôt des candidatures pour la présidentielle de décembre, pour faire savoir s’il désigne un « dauphin » ou s’il décide de concourir à un nouveau mandat – ce qui lui est pourtant interdit par la Constitution.

Alors que les candidats à la présidence de la République ont jusqu’à 15 h 30 GMT, mercredi 8 août, pour déposer leur candidature à l’élection prévue le 23 décembre, le président Joseph Kabila n’a toujours pas clarifié sa position.

Il est pourtant longuement apparu en direct sur la chaîne d’État RTNC, mardi matin, alors qu’il présidait une cérémonie militaire à Kinshasa. Plus tard dans la journée, il a réuni les partis des forces présidentielles dans sa ferme de Kingakati à 80 km de Kinshasa. Là encore, aucun nom d’un potentiel dauphin n’a été annoncé. « L’oiseau rare sera connu tôt le matin (mercredi), à l’aurore », a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement Lambert Mende en sortant de cette réunion avec les 14 composantes du Front commun pour le Congo (FCC).

Quatre candidats déclarés

Ses proches n’ont donné aucun indice en sortant du séminaire présidentiel. « Le chef de l’État a réuni ceux qui veulent continuer son œuvre. Le candidat du FCC symbolisera l’unité dans la continuité », a déclaré à l’AFP son directeur de cabinet adjoint Jean-Pierre Kambila. Sur les réseaux sociaux, le nom de l’ex-Premier ministre Augustin Matata Ponyo revient régulièrement parmi les possibles dauphins.

Dans la matinée du 7 août, la candidature d’un ancien soutien fervent du président Kabila, l’ex-ministre Tryphon Kin-Kiey Mulumba, a brouillé les pistes. Dernier porte-parole du dictateur Mobutu, deux fois ministre de Joseph Kabila, Kin-Kiey avait lancé en 2014 l’association « Kabila Désir », pour « fédérer » les Congolais autour du bilan présidentiel.

Deux jours auparavant, il se demandait sur Twitter comment la désignation d’un « dauphin » « pourrait se faire sans frustrations nouvelles voire fracture au sein de la plate-forme » du FCC – un signe que le processus serait enclenché, selon des experts.


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D’autres adversaires du président en exercice ont déposé leur dossier de candidature : Félix Tshisekedi, le président du parti historique d’opposition UDPS, l’ex-vice président et ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba et l’ex-président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe. Un autre opposant, Moïse Katumbi, affirme avoir été empêché de rentrer pour déposer sa candidature.

Pressions internationales

Si Joseph Kabila, 47 ans, ne peut pas se représenter après ses deux quinquennats, selon la Constitution, ses adversaires le soupçonnent de vouloir briguer malgré tout un troisième mandat. Si le président en exercice cédait le pouvoir, ce serait une première dans l’histoire de cet immense pays instable gorgé de ressources minérales, où les transitions se sont toujours écrites dans la violence, en 1965, en 1997 et en 2001.

Les partenaires étrangers de la RDC retiennent leur souffle, craignant de nouvelles tensions et des déstabilisations régionales en cas d’échec du processus électoral. Ils sont marqués par le souvenir des deux guerres du Congo de 1998 à 2003, « sans doute les plus dévastatrices que l’Afrique ait jamais connues », d’après l’historien britannique John Iliffe.

Ces derniers jours, le président Kabila a rencontré le président angolais Joao Lourenço à Luanda et a dépêché au Rwanda ses chefs du renseignements civils et militaires auprès du président Paul Kagame.

« Nous allons utiliser tous les outils diplomatiques à notre disposition », a promis le nouvel ambassadeur américain pressenti à Kinshasa, Michaël Hammer, lors d’une audition devant le Sénat le 31 juillet. « Nous utiliserons aussi des sanctions ciblées », a ajouté le probable émissaire de Donald Trump. « Les États-Unis tentent de faire pression sur sa famille (ndr: de M. Kabila) et ses finances », indiquait lundi le Financial Times.

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