Chaque vendredi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix d’événements pour la fin de semaine.

LES CHOIX DE LA MATINALE

De Rabelais à Merce Cunningham, notre sélection hebdomadaire balaie l’actualité culturelle sans œillères.

THÉÂTRE. Un joyeux voyage en Rabelaisie, à Saint-Denis

Percutant de vie, nourri d’inventions et de chansons, Paroles gelées est un voyage dans le Quart livre, de Rabelais. Il nous emmène là où, sur une île, Panurge et ses amis découvrent les fameuses « paroles gelées », ces glaçons qui, au contact des humains, deviennent des mots et prennent un sens différent selon les hommes qui les dégèlent.

Créé en 2012 par Jean Bellorini, ce spectacle vaut manifeste pour un théâtre qui revendique avec sérieux le plaisir. Un théâtre de la fête, auquel s’adonnent des comédiens si épatants qu’ils feraient aimer Rabelais à une pierre. On peut les voir ou les revoir au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. Brigitte Salino

« Paroles gelées », d’après Rabelais. Théâtre Gérard-Philipe, 59, bd Jules-Guesde, Saint-Denis. Mo : Saint-Denis Basilique. Tél. : 01-48-13-70-00. Vendredi et samedi, à 20 heures ; dimanche à 15 h 30. De 6 € à 23 €. Durée : 2 h 15.

PERFORMANCE. Tarik Kiswanson à Lafayette Anticipations, à Paris

Que cela soit dans la sculpture ou l’écriture, il est toujours question d’espace, d’identités fragmentées et de corps en mouvement chez l’artiste suédois d’origine palestinienne Tarik Kiswanson. Pour la première fois, le jeune trentenaire a choisi de déployer toutes les facettes de son travail à travers une performance, qui occupe trois étages du bâtiment de verre de Lafayette Anticipations.

Les onze performeurs, qui évoluent en solo, duo ou trio, ont 11 ans, cet âge d’un entre-deux, à la sortie de l’enfance, au seuil de l’adolescence. Chacun soliloque, et il faut s’approcher pour écouter ou capter des bribes des textes intimistes qu’ils formulent d’une voix presque blanche. Presque blanche aussi sont leurs tenues : taillées dans le coton écru utilisé dans la mode pour les prototypages.

Ce travail sur le vêtement est une trace de son passage chez Balenciaga (après la Saint Martin’s School de Londres, il a fait les Beaux-Arts de Paris tout en travaillant les drapés pour Nicolas Ghesquière). Les reflets autobiographiques se retrouvent aussi dans les coupes : ici le caftan de son enfance, là une jupe de derviche ou une combinaison de soudeur.

Son travail sur le métal, justement, apparaît à travers deux sculptures monumentales en lamelles d’acier poli, miroirs éclatés qui diffractent visages, lumière et architecture, et s’ouvrent et tournent comme des robes-cabanes. Le son aussi habite l’espace : bruits de cours de récréation, des rues de Jérusalem, de dessins animés, que vient régulièrement transpercer le réveil lancinant d’un iPhone.

Alors les yeux s’ouvrent, les voix intérieures se taisent, le temps d’une transition en suspens. Fruit de deux ans de travail, cette douce et somnambulique polyphonie, qui s’offre comme une méditation sur la condition humaine, n’est visible que le temps d’un week-end. Emmanuelle Jardonnet

« A Deep As I Could remember, As Far As I Could See », performance en anglais, vendredi 18 mai de 18 heures à 20 heures, samedi 19 et dimanche 20 de 16 heures à 18 heures. Samedi à 18 heures : conversation entre Tarik Kiswanson et Charles Aubin, le curateur, sur les étapes de création de cette performance et ses enjeux.
Lafayette Anticipations, 9, rue du Plâtre, Paris 4e. Tarif plein : 8 €, réduit : 5 €.

MUSIQUE. Pascal Comelade au Théâtre de l’Archipel, à Perpignan

Musicien qu’il est d’usage de mettre dans la catégorie « inclassable », en raison d’un éclectisme stylistique qui va des musiques traditionnelles au rock en passant par les répétitifs américains, le pianiste et compositeur Pascal Comelade écrit aussi pour des spectacles de danse, du théâtre, des films.

Il entretient, notamment par le biais des pochettes de ses nombreux disques – une cinquantaine, du 45-tours à l’album, depuis la fin des années 1970 –, un fort rapport artistique avec des dessinateurs, peintres, photographes… Dont Hervé Di Rosa, avec qui il a à plusieurs reprises présenté des concerts au cours desquels le peintre intervenait en direct.

Ils se retrouveront ce samedi 19 mai au Théâtre de l’Archipel, à Perpignan, avec d’autres invités/amis, dont des musiciens de l’ex-Bel Canto Orchestra, le multi-instrumentiste Pep Pascual et le bassiste Roger Fortea, le guitariste Ivan Telefunken, le batteur Samy Surfer – qui joue avec Comelade depuis les années 1980 – et la Cobla Sant Jordi, ensemble barcelonaise de vents. Sylvain Siclier

Théâtre de l’Archipel, avenue du Général-Leclerc, Perpignan. Tél. : 04-68-62-62-00. Samedi 19 mai, à 20 h 30. 22 €.

FESTIVAL. Les Arts du récit se déploient à Grenoble et dans sa région

Le festival des Arts du récit, dont la 31e édition a débuté jeudi 10 mai, constitue un rendez-vous printanier important pour tous les amateurs de contes. A l’occasion du week-end prolongé de la Pentecôte, le Centre des arts du récit en Isère, scène conventionnée d’intérêt national art et création, offre ainsi la possibilité à plusieurs conteurs et conteuses de présenter leurs spectacles dans différents lieux de l’agglomération grenobloise et des localités environnantes.

A Grenoble même, plusieurs salles de spectacle mais aussi des bibliothèques, des médiathèques et des musées (dont le Musée de l’Ancien Evêché et le Musée de la Résistance et de la déportation) ouvrent grand leurs portes aux histoires en tout genre. Avec au programme, une quarantaine d’artistes de la parole venus de France mais aussi d’Europe (Alberto Garcia Sanchez, Mélancolie Motte, etc.) et du Canada (Mike Burns, Manon Lacelle, Jean-Marc Massie, etc.). Cristina Marino

31e festival des Arts du récit, jusqu’au 25 mai. A Grenoble et dans le département de l’Isère.

NOCTURNES. Que faire pour la Nuit des musées ?

La formule est désormais bien connue : musées, centres d’art, FRAC et monuments sont invités à ouvrir leurs portes au public gratuitement d’environ 18 heures à minuit ce samedi, et à proposer des animations originales à l’occasion de la 14e Nuit européenne des musées.

Voici trois idées d’explorations muséales nocturnes parmi les quelque 1 200 institutions participantes à l’opération en France (et les 3 000 au total à l’échelle européenne). Le château d’Angers fait fort en proposant une création musicale sur mesure de Frànçois & The Atlas Mountain, qui offrira une relecture pop de la grandiose tapisserie de l’Apocalypse, chef-d’œuvre de l’art médiéval exposé en ses murs (côté jardins officieront Vacarme, Anni Rossi, Jaune et DJ Coconut).

Alors qu’enquêtes, jeux de piste et énigmes sont devenus de grands classiques de la Nuit des musées, la Villa Arson, école et centre national d’art contemporain de Nice, que l’on n’attendait pas sur ce terrain, propose… un « escape game », Babylone 2068, au scénario rétrofuturiste. A Paris, la Conciergerie, dont c’est la toute première participation à l’événement, propose deux visites contées autour de l’impressionnante installation de Stéphane Thidet, qui détourne une partie de la Seine à travers le bâtiment, en écho à l’inondation de la crue de 1910. Emmanuelle Jardonnet

Château d’Angers, 2, promenade du Bout-du-Monde, Angers. De 19 heures à minuit, gratuit.
Villa Arson, 20, avenue Stephen-Liégeard à Nice. Escape game accessible à partir de 15 ans, de 21 heures à minuit (départs toutes les quinze minutes par groupes de six participants). Accès gratuit sur réservation.
La Conciergerie, 2, boulevard du Palais sur l’île de la Cité, Paris 1er. Deux visites contées « La Seine, scène d’histoires » à 18 heures et à 20 heures. Entrée libre de 18 heures à minuit (dernier accès à 23 h 30).

MUSIQUE. Le Printemps de la Grange fait la fête au piano, à Evian

Vingt-cinq ans que la Grange au Lac, ce gage donné au grand Mstislav Rostropovitch alors patron des Rencontres d’Evian, accueille concerts et mélomanes dans son cœur de bois épicé de bouleaux. Repris en 2014 par le Quatuor Modigliani, le festival s’enrichit de trois autres modules, dont ce nouveau « Printemps de la Grange » qui consacre du 18 au 20 mai le piano en majesté – avec ou sans adjuvant de luxe.

Qu’on en juge, Jean-Yves Thibaudet en duo avec Renaud Capuçon, les quatre pianistes Florent Boffard, Frank Braley, Claire Désert et Emmanuel Strosser dans toutes les positions possibles entre quatre et huit mains, sans oublier deux figures du piano russe aux antipodes, la jeune et passionnante Anna Vinnitskaïa et le mage Grigori Sokolov, qui clôturera la fête en beauté. Marie-Aude Roux

Printemps de la Grange, La Grange au Lac, Evian-les-Bains (Haute-Savoie). Du 18 au 20 mai. Tél. : 04-50-26-94-48. De 12 € à 60 €. Pass festival, de 54 € à 135 €.

DANSE. « Event », de Merce Cunningham au Musée d’art moderne de la Ville de Paris

Déambuler dans les espaces du Musée d’art moderne de la Ville de Paris tout en profitant d’une performance chorégraphique, tel est le double rendez-vous proposé dans le cadre de cette nouvelle édition de la Nuit des musées. Ce sont les interprètes du Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers qui investissent le lieu pour y présenter un event selon le chorégraphe américain, expert en abstraction, Merce Cunningham (1919-2009).

Dans la trajectoire débordante de vitalité de Cunningham, qui s’y connaissait pour relancer les dés de la création, un event est une suite d’extraits de son répertoire librement articulés. Sous la direction artistique de Robert Swinston, ancien danseur de la compagnie Cunningham aujourd’hui à la tête du CNDC d’Angers, cette soirée spéciale va piocher ses éléments dans différentes pièces emblématiques dont Un jour ou deux (1973) et Scramble (1967)… Un puzzle unique en son genre qui réactive les principes de Cunningham en conservant son esprit et son œuvre. Rosita Boisseau

« Event », de Merce Cunningham. CNDC, Angers. Le 19 mai, 19 heures. Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Paris. Tél : 01-53-67-40-00. Nuit des musées, entrée libre.

EXPOSITION. Le Cambodge, entre art et mémoire

L’identité, le corps, l’Histoire, la terre… « Membres fantômes » est une petite exposition balayée par de grandes questions. A travers son œuvre protéiforme, mêlant peinture, sculpture et roman graphique, l’artiste Franco-Cambodgien Séra poursuit sa réflexion sur la mémoire de son pays d’origine, près de quarante ans après la fin du régime khmer rouge.

Engagé corps et âme dans son art, il invite à la réflexion et à la méditation, dans un voyage à la fois sombre et sensuel à travers l’espace et le temps. L’exposition s’inscrit dans le cadre du festival « Cambodge, d’hier à aujourd’hui – Season of Cambodia », une série d’événements à Paris et en région parisienne consacrés à la renaissance artistique et culturelle du petit royaume asiatique. Adrien Le Gal

« Membres fantômes », Espace 15 curiosity + experiences, 15, rue Martel, Paris 10e(ascenseurs à gauche, 4e étage). Ouvert du mercredi au samedi de 14 heures à 19 heures et sur rendez-vous. Jusqu’au 30 juin. Accès libre.

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