En 2016, Donald Trump avait dit le plus grand mal de cette fusion. Les autorités antitrust ont perdu leur procès dans un pays gagné par les oligopoles.

Le Monde
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Enfin. Vingt mois après l’annonce de leurs fiançailles, le géant de la téléphonie AT&T et celui des médias Time Warner vont pouvoir fusionner. Ainsi en a décidé un juge fédéral, mardi 12 juin, qui a débouté le ministère de la justice américain, qui contestait ce rapprochement.

Le nouvel ensemble, qui pèsera environ 275 milliards de dollars en Bourse, sera le premier acteur du secteur et pourra prétendre concurrencer les géants du Net que sont Google et Facebook. Cette décision, qui est un camouflet pour l’administration Trump, devrait chambouler le paysage des médias et des communications américain.

L’affaire marque un puissant bond en avant dans l’intégration entre contenus et contenants. AT&T (160 milliards de dollars de chiffre d’affaires) est présent dans la téléphonie pour les entreprises, l’Internet, le câble à domicile et la téléphonie mobile. Time Warner (32 milliards de dollars de chiffre d’affaires) possède la chaîne d’information CNN, la chaîne HBO — qui diffuse notamment Game of Thrones — et les studios Warner Bros, qui ont, par exemple, tourné Batman ou Harry Potter.

Critiques de Donald Trump

Les autorités antitrust s’inquiétaient de la faiblesse de la concurrence dans un pays où un abonnement au câble, à Internet et au téléphone mobile peuvent coûter chacun plus de 100 dollars par mois. AT&T, qui fournit en télévision 25 millions de foyers américains, pourrait user de son pouvoir pour facturer plus cher les contenus qu’il contrôle auprès des autres câblo-opérateurs américains.

« Cette fusion affecterait gravement le consommateur américain. Elle signifierait des factures de télévision plus élevées chaque mois et moins de nouvelles options de consommation innovantes », avait déclaré Makan Delrahim, le chef de la division antitrust américaine, lorsque fut ouvert le procès, à l’automne 2017.

Un an plus tôt, Donald Trump, alors candidat à l’élection présidentielle, avait dit le plus grand mal de cette fusion, d’autant qu’il était en conflit ouvert avec la rédaction de CNN. « Je vais citer un des exemples de structure de pouvoir que je combats : AT&T rachète Time Warner et donc CNN, un accord que je n’approuverai pas dans mon gouvernement, parce que c’est trop de concentration de pouvoir dans les mains de trop peu », déclarait-il alors.

Le juge Richard Leon, nommé sous George W. Bush, n’a pas estimé nécessaire de bloquer la fusion, les trusts verticaux n’ayant pas été interdits par le passé. Le procès avait été particulièrement difficile pour le ministère de la justice, qui avait été sommé de s’expliquer : il lui appartenait de prouver que la fusion était néfaste pour les consommateurs.

Comcast après AT&T-Time Warner

Ce mouvement survient alors que la course aux contenus est lancée pour faire face à la montée en puissance de Netflix. Comcast (propriétaire de NBC et des studios Universal) veut empêcher son rival Disney (qui détient les studios Pixar et la chaîne ABC), de mettre la main sur les actifs de 21st Century Fox, propriété de Rupert Murdoch, dont les studios possèdent les droits d’Avatar ou de X-Men.

Comcast attendait de connaître le destin de la fusion AT&T-Time Warner pour savoir s’il se lançait dans la bataille boursière. Le jugement devrait ouvrir la voie à une surenchère très rapide. Le conseil d’administration de 21st Century Fox avait déjà refusé l’an dernier une offre de Comcast, cette fois-là en actions et pour un montant global d’environ 60 milliards de dollars — donc supérieure à celle de Disney —, en raison de craintes en matière de concurrence. Les trois géants Netflix, Comcast et Disney valent autour de 150 milliards de dollars en Bourse.

Restructuration du marché de la téléphonie

D’un autre côté, les opérateurs de téléphonie sont en pleine restructuration. T-Mobile et Sprint, troisième et quatrième opérateurs du secteur, sont en projet de fusion. Eux aussi invoquent un marché ayant changé de nature pour justifier la réduction à trois des opérateurs nationaux. « Le sujet n’est pas de passer de quatre à trois entreprises de téléphonie portable, il y a au moins sept ou huit compétiteurs sur ce marché qui converge », déclarait en avril John Legere, le patron de T-Mobile.

Selon lui, AT&T est désormais le premier fournisseur de télévision du pays, Comcast a conquis plus de clients dans le téléphone mobile qu’AT & T et Verizon en 2017, tandis que 12 % des Américains utilisent leur téléphone mobile comme unique fournisseur d’accès à Internet et de télévision. Bref, chacun a beau jeu de dire que le chamboulement des marchés ne justifie par l’intervention du juge de la concurrence.

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