La 28e cérémonie des Ig Nobels a récompensé son lot annuel de recherches qui font sourire d’abord, et éventuellement réfléchir ensuite. Petit aperçu d’un cru savoureux.

Tous les ans, avant que le rideau ne se lève sur la solennelle séquence des prix Nobel, le monde scientifique s’offre, dans le théâtre Sanders de l’université Harvard, un prélude nettement moins sérieux avec la cérémonie des Ig Nobels – lire « ignoble » – qui récompensent des études à la loufoquerie plus ou moins assumée. Jeudi 13 septembre, la science improbable, celle qui fait sourire d’abord et réfléchir ensuite – ou pas –, était ainsi célébrée pour la 28e fois dans une ambiance bon enfant, les organisateurs ayant par exemple demandé au public de faire tomber sur scène un déluge d’avions en papier. Pour la première fois, de l’argent accompagnait chaque prix, sous la forme d’un billet de 10 000 milliards de dollars zimbabwéens, coupure qui n’a, malheureusement pour les récipiendaires, plus aucune valeur en raison de l’hyperinflation qu’a connue cette monnaie…

Les récompenses sont décernées dans dix catégories, lesquelles peuvent changer d’une année sur l’autre pour que l’on soit sûr de ne pas oublier un travail particulièrement savoureux. Le cru 2018 a ainsi vu apparaître un Ig Nobel d’anthropologie qui a honoré une équipe internationale ayant découvert que, dans les zoos, les chimpanzés imitaient les humains à peu près autant que les humains les singeaient. Le prix sur la nutrition est, quant à lui, allé à un article très anthropologique montrant que l’apport calorique d’un régime cannibale était significativement moins important que n’importe quel autre type d’alimentation. Les végans s’en réjouiront.

Cracher sur les bibelots

Dans les catégories plus classiques, l’Ig Nobel de la paix a couronné des Espagnols ayant étudié les conséquences des cris et des jurons au volant, celui d’économie a récompensé un article tentant de déterminer s’il était intéressant de se venger de son supérieur hiérarchique sur une poupée vaudou le représentant. En littérature, on a appris que, pour nombre d’utilisateurs d’objets technologiques, la vie était trop courte pour prendre la peine de lire les notices. En chimie, on a eu confirmation que vous pouviez cracher sur vos bibelots pour les nettoyer, la salive étant parfaitement appropriée à cet usage. En biologie, une équipe internationale comportant le Français Sébastien Lebreton a été distinguée pour avoir montré qu’une seule drosophile femelle tombée dans un verre de vin pouvait en gâcher le goût à cause d’une de ses phéromones.

La cérémonie 2018 était placée sous le signe du cœur mais force est de constater que les organisateurs ont plutôt visé des organes situés un peu plus bas dans l’anatomie humaine. En effet, l’Ig Nobel de médecine est allé à des chercheurs qui se sont demandé s’il était utile d’aller sur des montagnes russes pour faire transiter un calcul rénal. Le prix d’éducation médicale a récompensé un Japonais ayant testé l’autocoloscopie (on ne fera pas de dessin).

Enfin, dans la catégorie « médecine de la reproduction », a triomphé une méthode destinée à déterminer à bas coût si un homme est vraiment impuissant : avant de se coucher, le patient colle autour de son pénis une guirlande de timbres-poste. Si, au réveil, ceux-ci sont déchirés, c’est que le monsieur a connu des phases d’érection pendant son sommeil – et que tout espoir n’est pas perdu pour lui. De quoi réactualiser un vieux slogan des PTT : bandez avec la Poste.

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