Paul Kapita Shabangi est ce qu’on peut appeler un des « témoins de l’Histoire » du Congo-Zaïre au cours de ces quatre dernières décennies. Ancien officier des Forces armées zaïroises, il fait partie des « 13 » parlementaires (*) frondeurs – dont Frédéric Kibassa Maliba, membre du Bureau politique du MPR élu au Shaba-Katanga – qui avaient adressé au président Mobutu Sese Seko la célèbre « lettre ouverte » en date du 1er novembre 1980. Dans cette correspondance, les treize parlementaires stigmatisaient le fossé existant entre le discours et l’action. Ce document au ton réquisitorial leur a valu des graves ennuis judiciaires et la relégation durant douze mois. Ministre des Petites et Moyennes entreprises dans le gouvernement Tshisekedi (1992), Kapika sera plus tard ministre pendant trois années dans les gouvernements successifs de Mzee Kabila. Déçu par l’ambiance délétère qui régnait au sein du gouvernement tout au long de l’année 2000, il décide de quitter le pays en se déguisant. C’était le 17 septembre 2000. Depuis lors, l’homme vit en Belgique…

Dans quelles conditions avez-vous quitte l’armée?

C’était à l’occasion de l’appel que le président Mobutu avait lancé à tous les citoyens désireux de solliciter un mandat législatif. C’était en 1977. J’ai reçu des messages en provenance de Tshikapa (Kasaï Occidental) de la part des chefs coutumiers. A Kinshasa les fonctionnaires et professeurs d’université originaires de la même Région m’avaient également demandé de quitter l’armée pour poser ma candidature aux législatives.

Comment a germé l’idée de la « lettre des 13 parlementaires » à un moment où le parti-Etat à son apogée?

Cette lettre a été inspirée par les événements douloureux de Katekelayi dans la province du Kasaï Oriental. Des creuseurs de diamants ont été abattus par des militaires. Certaines organisations des droits de l’homme avaient publié un bilan de 200 tués. Cette affaire et le contrôle parlementaire sur la gestion de devise à la Banque Centrale ont servi de « déclic ».

Revenons à la lettre des « 13 ». Qui en était l’initiateur?

C’est notre collègue Ngalula Mpandanjila qui en était l’initiateur. C’est lui qui avait préparé le « draft » qui sera « enrichi » par le reste des collègues et notre brain-trust.

Quelle en était l’idée générale?

Il s’agissait d’exiger au président Mobutu la refonte illico presto du système de gestion du pays pour éviter la banqueroute. Malheureusement, le président Mobutu ne nous a pas écoutés. Les retombées seront néfastes…

C’est-à-dire?

Connaissant le président Mobutu, nous avions convenu de ne pas diffuser ce document avant de remettre officiellement deux exemplaires à son destinataire. Aussi, ceux des collègues qui souhaitaient le signer devaient-ils se rendre chez le collègue Ngalula Mpandanjila. Sans emporter un seul exemplaire. En fait, nous avons été trahis par le collègue Tshibuyi. De passage chez Ngalula, ce dernier a demandé d’emporter un exemplaire de la lettre ouverte chez lui prétextant qu’il avait oublié ses lunettes. Tshibuyi en a fait part à Bashala Kantu wa Milandu. Celui-ci l’a conduit chez Mbia, alors coordonnateur du CNS (Conseil national de sécurité). Le 30 décembre 1980, je me rends chez Ngalula qui était mon mentor. J’y trouve une trentaine de personnes dans son salon en train de lire la fameuse lettre. Il s’agissait des agents du CNS. Pendant que je m’entretenais avec le doyen Ngalula dans son bureau, on voit surgir le professeur Etana du CNS avec un commando composé de six militaires armés jusqu’aux dents.

Que voulait Etana?

Il dit à Ngalula que le Président l’invitait au Mont-Ngaliema. Il lui tendit un mandat d’amener. « Le Président de la République invite désormais les parlementaires par des mandats d’amener? », réagit Ngalula. Dans la cohue, je me suis emparé de 40 exemplaires de la lettre pour les déposer chez un parent. Vers 22 heures, j’ai téléphoné à mon collègue Makanda pour lui annoncer l’arrestation de Ngalula par des agents du CNS. Pris de panique, il me demanda si j’étais en possession d’un exemplaire du document. « J’en ai une fois quarante », lui ai-je répondu. Tout joyeux, il me dira en Tshiluba ces mots: « Kapita wetu watupandishi ». Traduction: « mon frère Kapita tu nous as sauvés ». Nous nous fixons rendez-vous quelque part dans la Gombe où nous procédons au dispatching de la lettre dans les principales missions diplomatiques. Le lendemain 31 décembre dans la matinée, je passe chez Kanana pour l’informer des événements survenus la veille. Nous nous sommes rendus chez Etienne Tshisekedi pour lui signaler l’arrestation de Ngalula. C’est ici que Makanda nous a rejoints. A quatre, nous décidons d’aller à la « recherche » de notre collègue Ngalula. Direction: Camp Tshatshi.

Et après?

A la barrière, un militaire nous dit de nous rendre à la Cité de l’OUA au pavillon 21. Arrivé sur le lieu, un militaire nous fait savoir en Lingala: « Epekisami kokutana na ye ». Traduction: « Il est interdit d’entrer en contact avec lui ». Nous réagissons en chœur: « A qui devons-nous nous adresser? ». La réponse tombe aussitôt: « Il faut voir le Président-fondateur ». Tshisekedi lance au militaire: « Allez-lui dire de nous arrêter également ». L’homme s’en va. On voit arriver celui qui semble être le commandant. Tshisekedi revient à la charge: « Arrêtez-nous! ». Après une heure d’attente, le commandant revient accompagné de plusieurs hommes de troupes. « Comme vous avez demandé d’être arrêtés, nous exécutons votre demande… » dit-il sans rire. Il nous enferma dans le « pavillon 21 » où se trouvait déjà Ngalula. Makanda et Kanana étaient dans une chambre. Coïncidence, Tshisekedi et moi sommes enfermés dans un même local. Un moment donné, on nous apporta de la nourriture. « Votre ami ne va-t-il pas nous empoisonner? » dis-je à Tshisekedi. Il me rétorqua: « J’ai faim. Poison ou pas, je vais manger ». Dans l’après-midi, des magistrats de la Cour de Sûreté de l’Etat sont venus nous verbaliser.

Autour de quoi portait l’interrogatoire?

Reconnaissez-vous ce document? Reconnaissez-vous avoir participé à sa rédaction? Parmi les « 13 », qui a admis connaitre ce document et avoir participé à la rédaction? Il y a: Tshisekedi, Ngalula, Makanda, Kyungu et votre serviteur. Soit cinq députés sur 13. Les procès-verbaux contenant nos dépositions sont là. A moins qu’ils aient été incinérés par l’AFDL.

Quid des huit autres?

Lumbu disait avoir pris connaissance du document par une lecture cursive. Le 1er janvier 1981, d’autres parlementaires nous ont rejoints l’un après l’autre. Kasala a nié connaitre le document. Mbombo Lona Kumpanyi avait tout nié. Au point de soutenir que j’avais trompé sa bonne foi. Kanana dit avoir été associé sans toutefois participer à la rédaction. Biringanine avait pris la poudre d’escampette en allant en Lybie. Le colonel Kadhafi nous avait offert l’hospitalité. Dia Onken dit n’avoir pas été associé de manière littérale. Après avoir fait une intervention magistrale au Parlement pour nous défendre, Lumbu nous a rejoints.

Quelle était la qualification des faits mis à votre charge?

Nous étions accusés d’ »atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat ».

Quel objectif poursuivaient les « 13 » à travers cette « lettre ouverte »?

Notre objectif était non seulement de voir le système politique se démocratiser mais aussi l’avènement d’une gestion orthodoxe. La loi financière n’était plus respectée. Les ponctions opérées à la Banque Centrale étaient monnaie courante. En rédigeant cette lettre, nous ne voulions pas la fin du régime. Nous voulions que celui-ci se réforme de l’intérieur. Nous voulions que la loi soit respectée et que le népotisme et la concussion cessent. Je crois que le premier cercle du pouvoir mobutiste était obnubilé par la jouissance.

Trente-sept ans après la rédaction de la « lettre des 13 parlementaires », qu’est ce qui a changé au pays?

Toute proportion gardée, rien n’a changé! Depuis Léopold II jusqu’à ce jour, notre pays est considéré comme un condominium. C’est à croire qu’on évite que les dignes fils du pays prennent la direction des affaires.

Que répondez-vous à ceux qui pourraient vous reprocher d’éluder la part de responsabilité des « élites » congolaises?

Y a-t-il une élite dans notre pays? Du tout. Par élite, j’entends des universitaires et autres personnalités dont le comportement dégage des valeurs morales. Des personnes qui s’acquittent parfaitement de leur tâche au bénéfice de leur pays. En d’autres termes des modèles de référence. Je prends l’exemple de la génération qui a dirigé le pays au lendemain de l’indépendance dont la grande majorité n’avait fait que trois années d’études secondaires. Cette génération était digne et avait le sens du bien commun. C’était des nobles. A titre d’exemple, après le coup d’Etat de Mobutu, des officiers sont allés à la Présidence de la République pour escorter le président Joseph Kasa Vubu jusqu’à Tshela, au Kongo Central. Un cousin à moi, le lieutenant Mbayi Kalombo de l’auditorat militaire, faisait partie du groupe. La mission était dirigée avec rudesse par le colonel Tshatshi, un « frère » à Patrice Lumumba. Il y avait deux véhicules. « Pourquoi avez-vous amené deux véhicules? » demanda Kasa-Vubu. « Monsieur le Président, c’est pour transporter vos effets personnels » répondit Tshatshi. « De quels effets parlez-vous? répliqua Kasa Vubu. Je suis entré dans ce Palais avec ma femme et mes enfants rien qu’avec nos valises. Tout ce que vous voyez, ce sont les biens de l’Etat. J’en sors tel que j’étais entré… »

Quelle est la moralité de cette histoire?

La moralité de l’histoire est simple: sans avoir fait des études supérieures, ces gens-là étaient éduqués. Maintenant, pourquoi notre lettre ouverte n’a pas produit les effets escomptés? C’est parce que notre pays va de mal en pis en terme de patriotisme et de civisme. D’aucuns considèrent le Congo et ses immenses ressources comme un territoire sans maître qui ne doit pas être dirigé par des « patriotes ». Mobutu a été remplacé par Laurent-Désiré Kabila.

Où étiez-vous le 17 mai 1997?

J’avais traversé à Brazzaville avec toute ma famille. J’y ai passé un mois. Avant la prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, j’ai effectué une mission euro-américaine pour le compte de l’UDPS afin de m’entretenir avec des émissaires de ce dernier. J’ouvre la parenthèse pour dire que je lui avais recommandé quelques officiers originaires du Kasaï Occidental. C’est le cas notamment d’Anaclet Ntumba, qui fut l’intendant de Mobutu, Ndjoko, Yamba Tshintu Crispin, Mulumba François et autres. Je les avais mis en contact avec Emmanuel Kayitana, un ancien de l’IBTP (Institut du bâtiment et des travaux publics) à Kinshasa.

S’agit-il de l’ancien ambassadeur du Rwanda de Paul Kagame à Bruxelles?

Effectivement! Outre la Belgique, il a été ambassadeur du Rwanda aux Pays-Bas et en Italie. Au départ, j’avais la conviction que Laurent-Désiré Kabila était un vrai « libérateur ». J’étais loin d’imaginer qu’il était porté à bout de bras, sans qu’il le sache, par le Rwanda de Paul Kagame et l’Ouganda de Yoweri Museveni.

Après la  » libération « , vous êtes entré dans le tout premier gouvernement…

Je suis revenu à Kinshasa le 18 mai 1997. A l’ex-Intercontinental, j’ai croisé Kalala Shambuyi qui m’a laissé entendre que le Président LD Kabila ne cessait de demander de mes nouvelles. « La délégation de l’UDPS va être reçue demain, me dit Kalala. Il faudra en faire partie ». « J’arriverai en retard de peur de susciter des commentaires en sens divers au sein de mon parti », lui ai-je répondu. La rencontre était présidée par Déogratia Bugera dans l’actuelle primature. Celui-ci m’a reçu chaleureusement. Il m’attendait pour commencer la réunion. J’ai aussitôt demandé la parole pour « orienter » les débats. J’ai dit ces mots: « Monsieur Bugera, dites au président Kabila que c’est grâce au travail politique accompli ici que vous avez pu parcourir le trajet Kinshasa-Goma sans heurts. Monsieur Tshisekedi avait demandé au peuple de vous accueillir parce que vous étiez du même bord. Monsieur Kibassa avait lancé un appel identique. C’est grâce à ces deux interventions que vos forces ont pu effectuer un voyage éclair ». J’ai ajouté: « Dites au Président de ma part que vous n’arriverez pas à diriger ce pays sans la caution de l’UDPS. Par caution, j’entends qu’il faut impliquer Etienne Tshisekedi pour la simple raison que 80% du peuple zaïrois se reconnait en lui ».

Pourquoi, selon vous, l’AFDL a-t-elle évité d’ »impliquer » Tshisekedi?

D’abord parce que LD Kabila n’avait pas les mains libres. Ensuite, les Tutsi avaient un agenda caché…

Quel était le contenu de cet « agenda »?

Ils devaient faire ce qu’ils font aujourd’hui…

C’est-à-dire?

Il est clair que le pays est occupé! Pire, le Congolais n’a plus un mot à dire. Le Congolais qui était jadis respecté par les autres Africains est moins considéré qu’un ver de terre aujourd’hui. La population est écrasée littéralement. Même l’ancien colonisateur belge ne nous avait pas traités de la sorte. Ce sont des Noirs comme nous qui agissent ainsi. Des Noirs que le régime du président Mobutu a favorisé l’instruction, placés dans des postes rémunérateurs et enrichis. Ces Noirs occupaient des postes dans toutes les entreprises d’Etat. C’est le cas notamment de la Gécamines. La société de téléphonie cellulaire « Telecel » était à eux. Comme quoi, le sentimentalisme en politique ne paie pas.

Que faire?

François Mitterrand disait: « Aucun dictateur n’a de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi ». Lénine ou Staline, l’un des deux, a dit: « Ce n’est pas l’arme mais bien l’homme qui décide de l’issue de la guerre ».

Voulez-vous dire que les Congolais doivent descendre en masse dans la rue?

C’est bien ça! C’est ça le véritable contre-pouvoir.

D’aucuns parlent de « démobilisation ». Est-ce votre avis?

Il faut absolument un contre-pouvoir. Un tel contre-pouvoir a besoin d’un leadership charismatique…

Etes-vous en train de dire qu’il n’y a point de « leader charismatique » pour le moment?

Je n’en trouve pas…

Un leader charismatique peut-il naître par génération spontanée alors que la date fatidique du 31 décembre 2017 pointe à l’horizon?

Comme je l’ai suggéré dans la salle [Lors du point de presse animé le 5/11 à Ixelles par le professeur André Mbata à l’occasion de la présentation du Manifeste du Citoyen Congolais, Ndlr], il faut sensibiliser à fond la jeunesse. Celle-ci est debout. Elle n’attend qu’un leadership. Il faut que des partis qui ont des assises populaires comme l’UDPS s’y engagent.

A propos justement de l’UDPS, ne pensez-vous pas que la nomination d’un Bruno Tshibala au poste de Premier ministre du régime qu’il pourfendait jadis ait pu éroder la crédibilité de l’opposition en général et de l’UDPS en particulier?

Il y a à boire et à manger dans le cas Tshibala…

Commençons par ce qu’il y a « à boire » avant d’aborder « à manger »…

(Rires). Tshibala a subi des frustrations personnelles. Ce qui est en train de détruire l’UDPS, c’est le narcissisme. Il faut le dire et le dire publiquement.

Voulez-vous expliciter votre pensée?

Avant moi, il n’y avait rien. Avec moi, il y aura tout. Après moi, il n’y aura rien.

A quoi ou à qui faites-vous allusion?

Je fais allusion à ceux qui croient que l’histoire de l’UDPS a commencé avec eux. Ils se permettent même de mépriser ceux qui, à un âge moins avancé qu’eux, ont frôlé la mort. Quand nous avons créé l’UDPS, j’avais à peine 38 ans. Je suis né le 1er novembre 1944. Ceux qui pensent aujourd’hui qu’ils ont une recette magique du fait de l’avoir, se trompent joliment. Dans la mesure où l’homme d’argent est ce qu’il a. Alors que l’homme d’esprit a ce qu’il est. Cela ne veut nullement dire qu’il faut être pauvre pour faire la politique. Un minimum d’aisance matériel est requis. Toutefois, seule la vision compte en politique. Il ne sert à rien de naviguer à vue. Il faut avoir des ressources.

Parlons vrai! Faites-vous allusion à FelixTshisekedi ou à Jean-Marc Kabund?

Il ne sert à rien de se prendre pour l’Alpha et l’Oméga. Tant que je suis en vie, je courberai peut-être l’échine, mais jamais le dos. Quelqu’un a dit que la politique est l’art du possible, grâce à une vision. Personne en politique n’accepte qu’on le minimise où qu’on le méprise alors qu’il ne le mérite pas. On a toujours besoin d’un plus petit que soi. Nous avons sacrifié nos familles pour un idéal. A la fondation de l’UDPS, j’avais trois enfants. Le premier avait 5 ans et le dernier 2 ans. Ce que je dis de moi vaut tout autant pour Lumbu et Kasala. Les autres collègues – tel que Joseph Ngalula, Etienne Tshisekedi et consorts – étaient avec leurs épouses seulement. Alors que nous autres nous avions encore des bébés qui devaient être allaités. Aujourd’hui, c’est facile, d’autant plus que le train de vie que mènent ces jeunes gens qui semblent nous mépriser ne procède nullement d’un quelconque mérite professionnel éprouvé. Alors que leur passé est nul sur le plan financier. Il y a de quoi se révolter. Au lieu de se taire et d’afficher une attitude empreinte de simplicité, ils bombent le torse.

Que diriez-vous à Félix Tshisekedi Tshilombo s’il était en face de vous?

Je lui dirai: « Mon fils, tu peux le reconnaitre ou pas, saches qu’en dehors de Dieu, nul ne se suffit à lui-même. Même Dieu se complait dans la Trinité: Dieu le père, Dieu le fils et Dieu le Saint Esprit. Chaque homme est un petit Dieu. A ce titre, il a droit à la considération. Et surtout un homme qui a marqué l’histoire. Ce n’est nullement de la vantardise. Les faits historiques sont têtus! »

Concrètement, qu’attendez-vous de lui?

Il doit savoir que ce parti a été fondé par des gens qui sont encore en vie. Il doit aller vers eux. Peu importe leur situation sociale. Il gagnerait tout en allant vers ces gens plutôt que de les mépriser.

Cela fait bientôt dix mois que le corps d’Etienne Tshisekedi attend le rapatriement pour les obsèques. Qu’en pensez-vous?

Nous sommes des Luba. Si la responsabilité des funérailles d’Etienne Tshisekedi avait été confiée à Mgr Gérard Mulumba, son jeune frère, l’affaire aurait connu un dénouement heureux. Qu’est ce qui justifie la présence du corps de Tshisekedi en Belgique dix mois après le décès?

D’aucuns disent que le pouvoir kabiliste suspecterait l’UDPS de profiter de ces obsèques pour provoquer des troubles…

J’ai appris que dès l’annonce du décès, Monsieur Kabila aurait instruit le Premier ministre Samy Badibanga de remettre à la famille la somme de 200.000 $ US pour entamer le deuil.

Cette information a-t-elle été confirmée?

Bien entendu! Comment expliquer que la dépouille soit encore en Belgique? On ne peut que comprendre la facilité avec laquelle le pouvoir exploite des divergences qui règnent au sein de l’UDPS. Ne dit-on pas que l’union fait la force? L’ennemi s’infiltre toujours là où règne la zizanie.

Que répondez-vous à ceux qui pourraient vous suspecter d’être un « aigri »?

Aigri? Je ne le suis pas. Aigri par rapport à qui? Je suis en revanche un croyant. Je rends grâce à Dieu de m’avoir donné une dimension de pouvoir lire les signes des temps. C’est un don.

Le Rassemblement exige une « transition sans Kabila » après le 31 décembre prochain. Est-ce possible tant que l’homme contrôle la force publique et le Trésor?

Il y a des impondérables en politique que seul Dieu est capable de gérer. Pas un être humain. Kabila doit choisir entre faire la politique et semer la terreur. Il n’y a pas d’arme capable d’annihiler la détermination d’un peuple. Les Américains l’ont appris à leurs dépens au Vietnam.

Comment jugez-vous l’action de « Joseph Kabila » dix-sept ans après?

Rien ne va. L’échec est patent. Le sang coule aux quatre coins du pays. Et pendant ce temps, le chef de l’Etat se tait. On n’a jamais connu ça dans l’Histoire d’un pays: un Président de la République qui ne dit jamais rien. Ce qui s’est passé dans le Kasaï aurait dû interpeller l’opposition. Il est stupéfiant de vivre l’apathie de cette opposition face à un drame d’une telle ampleur. Cette dernière semble plus préoccupée par le positionnement politique que par la défense de l’intérêt général. A l’Est, l’opposition n’a pas fait mieux.

Que diriez-vous à « Kabila » s’il était en face de vous?

Je lui demanderais de respecter la Constitution en lieu et place de s’accrocher au pouvoir alors que le peuple congolais ne se reconnait plus en lui…

(*): Ci-après la liste des treize parlementaires, auteurs de la « lettre ouverte » adressée au président Mobutu Sese Seko en date du 1er novembre 1980:

Etienne Tshisekedi wa Mulumba
Gabriel Kyungu wa Kumwanza
Joseph Ngalula Mpandanjila
Makanda Mpinga Shambuyi
Kanana Tshiong’a Minanga
Kasala Kalamba-ka-Buadi
Ngoy Mukendi
Mbombo Lona
Lumbu Maloba Ndiba
Dia Onken-a-Mbel
Biringanine Mugaruka
Lusanga Ngiele
Kapita Shabangi
 

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi
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