Pour ces organisations, ces sanctions sont un signe que ces deux décideurs ne restent pas indifférents aux violations des droits humains commises en RDC, et que leurs responsables devront en payer le prix. Près de deux cents Organisations non gouvernementales congolaises ont signé, le 8 juin, un communiqué conjoint dans lequel elles saluent les sanctions prises par l’Union européenne et les États-Unis contre de hauts responsables du gouvernement et leurs intérêts commerciaux pour leur implication dans la répression politique, les exactions commises dans les provinces du Kasaï, et d’autres violations des droits humains à travers le pays, ainsi que le blocage dans l’organisation des élections conformément à l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Ces 195 organisations exhortent, par cette même occasion, le Conseil de sécurité des Nations unies, l’Union Africaine, et les dirigeants des Etats africains à prendre des sanctions similaires, ou à revoir leur stratégie de coopération avec le gouvernement congolais afin de l’encourager à appliquer intégralement cet accord politique signé le 31 décembre 2016, considéré par les parties prenantes à ces pourparlers organisés par les Evêques catholiques comme garant d’un climat de paix pour le pays, à même d’aider à mettre fin aux violations des droits humains dans le pays. Les signataires réitèrent également tous les appels lancés à la justice congolaise en vue de lutter contre l’impunité de plus hauts responsables des violations graves des droits humains, notamment dans l’opération Likofi ; la découverte des fosses communes de Maluku et dans les provinces de Kasaï ; les tueries de Beni-Lubero; les détentions au secret opérées par les services de renseignements; et les exécutions sommaires commises par les forces de sécurité à l’occasion des manifestations de janvier 2015, septembre et décembre 2016. Car pour les faits relevés ci-haut, ont-elles regretté, aucun responsable de haut niveau n’a été inquiété par la justice congolaise, alors que la justice devrait être rendue aux victimes de ces abus ainsi qu’à leurs familles. « Ces sanctions sont un signe que l’Union européenne et les États-Unis ne restent pas indifférents aux violations des droits humains commises en RDC, et que leurs responsables devront en payer le prix », a déclaré le président du Cercle national de réflexion sur la jeunesse, Jean Claude Buuma.

Ces ONG ont, en effet, rappelé qu’après les sanctions de décembre 2016, l’Union Européenne a imposé, le 29 mai 2017, de nouvelles sanctions ciblées à l’encontre de membres du gouvernement actuel et du gouvernement précédent, d’officiers militaires et du chef d’une milice. Ces sanctions européennes, qui ont immédiatement pris effet, consistent au gel des avoirs, à l’interdiction de voyager dans l’Union européenne, ainsi qu’à celle de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des personnes visées par ces mesures.

Selon l’Union européenne et les USA, les personnes sanctionnées se sont illustrées par des actes qui ont encouragé les violences contre la population civile dans les provinces du Kasaï et ont contribué à la répression des manifestations de l’opposition et de la société civile qui réclamaient entre autres l’application intégrale de l’accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016 devant conduire le pays à des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées d’ici la fin de l’année 2017. Il leur est donc reproché d’avoir contribué aux actes constitutifs des violations des droits humains en RDC, en les planifiant, les dirigeants ou en les commettant. Dans son annonce, ont expliqué ces ONG, l’Union européenne a soulevé notamment la crise dans la région du Kasaï et l’usage excessif et disproportionné de la force par les services de sécurité dans la gestion de celle-ci – appelant à une enquête internationale et crédible – , la restriction de l’espace démocratique et de l’exercice des droits fondamentaux, le manque de consensus dans la gestion de la transition devant conduire à la tenue des élections transparentes et crédibles conformément à l’accord du 31 décembre 2016. Particulièrement, l’Union européenne a reproché au ministre des Médias d’être responsable de la politique répressive appliquée en RDC à l’endroit des médias, qui enfreint le droit à la liberté d’expression et d’information, et porte atteinte à une solution consensuelle et pacifique à la tenue d’élections.

L’Union européenne a promis de suivre de près les développements politiques et ceux liés aux droits humains dans les prochains mois, soit en vue de prendre de nouvelles mesures de restrictions soit de relever celles déjà prises. « L’impunité qui est assurée aux plus hauts responsables d’atteintes aux droits humains, par le gouvernement, les encourage à en poursuivre leur commission », a déclaré le président de Justicia, Me Timothée Mbuya. Pour ce juriste, « L’effet de ces sanctions les poussera à plus de retenue dans leurs agissements et, est dissuasif surtout sur ceux qui y échappent actuellement ».

Les Etats-Unis, eux, ont, après avoir imposé des sanctions à certains officiels congolais en juillet 2016, appliqué de nouvelles sanctions à l’encontre du Général François Olenga, chef de la maison militaire du président Joseph Kabila ainsi qu’à son site touristique situé dans la périphérie de la ville de Kinshasa. Le Trésor américain lui reproche d’avoir menacé la paix, la sécurité et la stabilité de la RDC par la Garde Républicaine – qui s’est illustré dans des actions et politiques ayant sapé le processus et les institutions démocratiques de la RDC. Les sanctions américaines consistent notamment au gel de ses avoirs et à l’interdiction pour tout citoyen américain de s’engager avec lui dans des transactions. « Ceci est un message aux autorités congolaises, et même à ceux qui agissent dans l’ombre, que si elles échappent à la justice congolaise, elles paieront le prix de leurs actes sur le plan international », a averti le Coordonnateur national de la Nouvelle société civile congolaise, Jonas Tshiombela.

Le 5 juin, rappellent ces ONG, les États-Unis ont appelé les Nations unies à mettre en place une enquête sur la mort des experts onusiens, ainsi qu’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits humains commises dans la province du Kasaï par les groupes armés et par le gouvernement congolais.

Lucien Dianzenza