À côté de l’opérateur public historique Togo Telecom et du privé Café informatique, un nouvel acteur, Teolis, a fait son entrée fin février dans le cercle très fermé des fournisseurs d’accès à Internet au Togo. Jeune Afrique a rencontré son président, Michel Bagnah.

Le 22 février, Teolis SA a procédé en grande pompe au lancement officiel de ses activités au Togo. Le fournisseur d’accès à Internet (FAI), qui a obtenu sa licence de l’État en juin 2017, en même temps que GVA (Group Vivendi Africa), avait en effet neuf mois pour déployer ses activités. « Pari tenu », s’enorgueillit Michel Bagnah, président du conseil d’administration de l’entreprise, que Jeune Afrique a rencontré début mars au siège parisien de son holding, Next Step Fada.

Ce consultant, né en 1966 au Togo et diplômé de Centrale Paris et de l’Essec, s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre l’équilibre en six mois. Il a pour cela décidé de ne se tourner dans un premier temps que vers les entreprises, à qui il propose à la fois du réseau et de l’interconnexion, mais aussi différents services, au premier rang desquels de la télésurveillance. « Le but, c’est de faire basculer le plus rapidement possible des clients importants, avant de constituer une trésorerie suffisante pour poursuivre le déploiement », précise le président.

Et l’investissement est de taille : outre la licence, qui a été octroyée moyennant 211 millions de francs CFA (322 000 euros), Michel Bagnah évoque un plan d’investissement de 3 milliards de francs CFA sur cinq ans, dont « un tiers  environ a déjà été acté ».

Horizon 2020

Sur le plan technique, les connexions Teolis passent à la fois par des antennes VSAT et par des partenariats avec d’autres fournisseurs. « Nous avons un partenaire privilégié, qui est l’opérateur national, mais également des accords avec des fournisseurs chez nos voisins ghanéen et béninois », précise le président de Teolis. Une entente pluraliste et un réseau d’antennes propre pourraient permettre au fournisseur d’échapper aux coupures d’internet ordonnées par le gouvernement en cas de troubles politiques, comme ça a été le cas en septembre 2017.

Son offre Internet chez les particuliers devrait être opérationnelle « d’ici l’été »

Si ce dernier évalue à une quinzaine le nombre de réseaux d’entreprises connectés à ce jour, il annonce pour « très bientôt » le lancement de Teolis Zone, qui consistera à vendre la connexion « au détail » à prix cassé : « On a promis le prix de 50 FCFA les 20 mégaoctets, et on va s’y tenir », assure-t-il. La troisième offre du fournisseur, à savoir l’Internet chez les particuliers, devrait quant à elle être opérationnelle « d’ici l’été ».

Dirigée par le Togolais José Anyovi depuis Lomé, l’entreprise emploie à ce jour une vingtaine de salariés, dans des fonctions de support, de développement et de gestion des grands comptes. « Nous déléguons en revanche les services commerciaux et techniques », indique le président.

Pour le ministre des Mines et de l’Énergie, Marc Dèdèriwè Abli-Bidamon, qui représentait sa collègue des Postes et de l’Économie numérique, Cina Lawson, à la cérémonie du 22 février, l’arrivée sur le marché des deux nouveaux fournisseurs d’accès à Internet devrait permettre par le jeu de la concurrence à baisser les prix, à améliorer la qualité de service et à renforcer les services aux clients. À l’horizon 2020, le gouvernement espère couvrir plus de 95 % des entreprises en haut débit et plus de 90 % du territoire national. « L’arrivée de Teolis s’inscrit dans la logique des autorités togolaises de faire du Togo un hub technologique en incitant le secteur privé à investir dans le développement des infrastructures et des services », a indiqué Marc Dèdèriwè Ably-Bidamon.

Partenaires inconus

Le holding Next Step Fada, selon son président et actionnaire majoritaire, « regroupe différents investisseurs de la diaspora qui se retrouvent dans des projets rentables, transafricains ou qui ont l’ambition de le devenir, et surtout qui contribuent au développement de nos pays ».

Je n’ai aucun acteur politique togolais parmi mes partenaires financiers », assure Michel Bagnah

Next Step Fada est ainsi à l’origine de Marodi, une plateforme qui produit et diffuse des vidéos, notamment à destination du public sénégalais, et d’Apys, un agrobusiness qui vise à faire de la transformation semi-automatisée d’anacarde au Togo.

Michel Bagnah, qui exprime volontiers son désir de rester majoritaire dans chacune de ses entreprises, se refuse à dévoiler le nom de ses partenaires. Il tient cependant à réfuter les accusations portées dans la presse togolaise, qui le soupçonnent d’accointance avec l’État – son père, un ancien directeur de l’Office togolais des phosphates (OTP), a été élevé à la dignité de Grand officier de l’ordre du Mono par le président Faure Gnassingbé, lors de la célébration du 56e anniversaire de l’indépendance du Togo, le 2 février 2016. « Je n’ai aucun acteur politique togolais parmi mes partenaires financiers, je pense qu’il faut choisir entre la politique et le business », assure-t-il.

GVA, deuxième fournisseur, devrait procéder très prochainement au lancement de son réseau.

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