Notre choix du soir. Fable stylisée, le film de Deniz Gamze Ergüven conte le combat de guerrières amazones que leur famille a décidé d’enfermer dans une cage pour brider leur sexualité (sur Arte à 20 h 55).

Film sur Arte à 20 h 55

La question du statut des femmes dans les sociétés traditionalistes donne lieu depuis quelques décennies à un vigoureux combat cinématographique, embrassé notamment, mais pas seulement, par des réalisatrices. Considérés du point de vue d’un spectateur laïque, ces films reconduisent un débat réputé clos.

Le fait qu’il ne le soit pas – y compris en France, où il prend de l’ampleur – n’entame pas la sensation d’une répétition ad libitum du même thème, avec les mêmes figures et selon les mêmes modalités. Il faut donc faire preuve d’un certain talent pour se démarquer.

C’est le cas de Deniz Gamze Ergüven dans Mustang, son premier long-métrage. L’apport de la jeune cinéaste à la question est d’emblée signifié par le titre du film, dont on ne voit pas à quoi d’autre il pourrait renvoyer : Mustang aura la beauté, la fierté et l’impulsivité de l’animal qui porte ce nom.

Cinq jeunes filles, cinq sœurs liées comme les doigts de la main, se chargent ici de recevoir cette onction, qui tient lieu de scandale dans l’environnement qui est le leur. Trop belles. Trop libres. Trop sensuelles. Trop fières. A charge pour la famille, relais d’une société coercitive, de les dompter. L’action commence en fin d’année scolaire, dans un village côtier et isolé, loin de la capitale.

A peine sorti de l’école, un groupe de garçons et de filles en uniforme se rue vers le rivage ensoleillé, où tous s’ébrouent tout habillés dans la mer qui leur tend les bras, les filles montées sur les épaules des garçons.

Tancées, menacées, surveillées

Cela leur coûtera cher. A leur retour dans la maison familiale, la rumeur d’une conduite immorale, l’entrejambe des filles ayant touché la tête des garçons, s’est déjà répandue. Elevées par une grand-mère aimante mais aliénée à l’ordre patriarcal et par un oncle vociférant, les cinq Grâces sont illico bouclées, tancées, menacées, surveillées. Bonnes à marier, elles ne reverront pas l’école. De l’aînée à la cadette, une à une, elles font l’objet d’une alliance avec une famille voisine. Mais les filles ne se laissent pas si facilement faire. A l’obscurité, elles opposent leur lumière ; à l’immobilisme, leur prestesse ; à la grisaille, leur chatoiement ; à la rigueur, leur alanguissement. Le film est l’histoire charnelle, et aussi, bien sûr, morale, de cette lutte. Mais plus elles ruent dans les brancards, plus les barreaux, les restrictions et les robes « couleur de merde » envahissent la maison.

De sorte qu’au-delà de l’intrigue – qui tient un peu du conte et souffre parfois de sa dimension allégorique – l’enjeu du film est surtout esthétique. Si les filles sont si belles – et elles le sont à un degré rendu supérieur par la cinéaste qui les filme –, c’est bien parce que leur enfermement doit être perçu comme une offense à la beauté. Si elles sont si gracieuses, c’est bien parce que leur assujettissement doit humilier cette qualité si rare et si précieuse. Le choix de ces armes est a fortiori celui du cinéma, et c’est en quelque sorte de bonne guerre que la réalisatrice ne se prive pas de les employer.

Mustang, de Deniz Gamze Ergüven. Avec Günes Sensoy, Doga Zeynep Doguslu (Fr.-Turq.-All., 97 min). Le film sera suivi, à 22 h 30, du documentaire d’Amine Mestari, « Il était une fois… Mustang » (Fr., 2018, 50 min).

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