Valéry Ridde, spécialiste des politiques publiques de santé, explique comment rendre plus efficace l’aide au développement en Afrique, grâce au « courtier en connaissances ».

Valéry Ridde est directeur de recherche au Centre population et développement (Ceped, qui associe l’Institut de recherche pour le développement et l’université Paris-Descartes). Ses travaux, menés principalement en Afrique, portent sur l’évaluation des interventions de santé et la couverture sanitaire universelle.

La France a annoncé, fin août, vouloir quadrupler en 2019 le montant de l’aide au développement, qui passera de 300 millions à 1,3 milliard d’euros, à destination prioritaire de l’Afrique. Cela pose la question de l’efficacité de ces aides, jamais résolue. Pourquoi est-elle si difficile à évaluer ?

Les budgets consacrés à cette tâche sont trop faibles, les évaluations sont souvent mal planifiées, et elles sont réalisées par des consultants dont l’indépendance est sujette à caution et qui ne sont pas suffisamment formés aux approches complexes. En France notamment, l’évaluation est encore une pratique dénigrée par le monde universitaire, alors qu’elle est depuis longtemps une discipline académique à part entière en Amérique du Nord. La marge de progression est donc immense !

Il subsiste par ailleurs une croyance, largement véhiculée par certains économistes du développement, selon laquelle les approches expérimentales sont les plus appropriées pour évaluer l’efficacité d’un programme d’aide. Le retour du terrain est bien sûr nécessaire pour savoir si une action a fonctionné ou non. Mais cette démarche, très onéreuse, pose deux problèmes : l’approche expérimentale ne nous renseigne jamais sur le comment et le pourquoi de l’efficacité d’une aide, et elle n’est pas toujours prise en compte. Dans les centres de santé du ­Burkina Faso, par exemple, la Banque mondiale a déployé récemment une intervention à très large échelle pour améliorer la qualité et l’accessibilité des soins avec des primes à la performance, avant même d’avoir les résultats du projet pilote – qui pourtant réclamait la plus grande prudence.

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