Italie, Pologne, Hongrie… Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à la Commission européenne, passe en revue dans sa chronique une année de fronts communautaires.

Par Cécile Ducourtieux Publié aujourd’hui à 04h04

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Chronique. Sur le front communautaire, l’année 2018 a été chaotique, mais s’il y a peut-être un enseignement positif à tirer, c’est qu’à Bruxelles, le pire n’est jamais sûr. L’Italie, par exemple. Fin mai, un attelage inédit se met en place à Rome : une coalition entre le parti anti-système Mouvement 5 étoiles (M5S) et l’extrême droite de la Ligue. Bruxelles tremble : les populistes au pouvoir en Hongrie ou en République tchèque, va encore. Mais dans un pays fondateur de l’Union européenne (UE), troisième économie de la zone euro… La crise est désormais au cœur du projet européen.

Le gouvernement transalpin ouvre un premier front migratoire, et Matteo Salvini, le patron de la Ligue et nouveau ministre de l’intérieur, ferme les ports italiens aux bateaux de sauvetage des ONG. Ses partenaires européens protestent, mais sont incapables de réagir : comment trouver une solution communautaire à la migration sans l’Italie, sachant qu’aucun autre pays n’a l’intention de prendre plus que sa part ?

Un accord avec l’Italie

Au début de l’automne, la tension retombe : les passeurs et les migrants testent d’autres routes (l’Espagne, notamment), les gouvernements des Vingt-Huit, toujours impuissants, préfèrent regarder ailleurs. Mais Rome enfourche un nouveau cheval de bataille. Avec son « budget du peuple », la coalition antisystème-extrême droite veut tenir ses promesses de campagne. Elle propose un revenu universel, l’abaissement de l’âge de départ à la retraite : le budget prévisionnel 2019 est hors des clous du pacte de stabilité et de croissance. Et tant pis pour Bruxelles, disent en chœur les deux hommes forts du gouvernement, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, le chef du M5S.

A la Commission européenne, c’est un peu la panique. Comment répondre à cette quasi provocation ? Appliquer les règles du pacte en sanctionnant l’Italie ? Rien de tel pour braquer tout un peuple contre l’UE. Fermer les yeux sur une violation patente des règles, après avoir été si intransigeants avec les Grecs ou les Chypriotes pendant la crise, tout en donnant l’impression de donner raison à des extrémistes ? Impossible à quelques mois des élections européennes.

Mais la chance tourne vite en faveur de Bruxelles : les marchés financiers effectuent leur travail de sape plus tôt que prévu. Le coût de la dette italienne, déjà colossale (130 % du PIB), s’alourdit. Les milieux d’affaire s’inquiètent, la croissance transalpine cale brutalement. Dès la fin novembre, le premier ministre, Giuseppe Conte, accepte de rencontrer Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pour des pourparlers discrets. Le 19 décembre, Bruxelles et Rome parviennent à un accord.

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