Malin et percutant, le film « Blindspotting » de Carlos López Estrada dénonce sans dogmatisme le racisme et les violences policières aux États-Unis.

Avec son casting métissé – un Noir, un Blanc -, ses vannes efficaces, sa bande originale rap sans fausse note, Blindspotting aurait pu être un buddy movie – un film de potes – de plus. Ce long-métrage signé Carlos López Estrada, prix du jury du dernier festival de Deauville, est beaucoup plus : à la fois une analyse politique et une critique sociale très fine de l’Amérique d’aujourd’hui.

Héros de cette comédie dramatique : Collin – interprété par Daveed Diggs -, un Africain-Américain qui doit se tenir à carreau pendant trois jours pour que sa liberté conditionnelle prenne fin. Mais éviter les ennuis est compliqué quand on a pour meilleur ami Miles – Rafael Casal -, un teigneux qui s’échauffe vite… et que l’on est témoin d’un meurtre raciste perpétré par un policier.

Racisme et préjugés

Blindspotting ne se contente pas de dénoncer ce crime de sang-froid. Il démontre que le racisme est systémique dans le pays, et que même Miles, le copain de toujours, a intégré le fait que le « nègre » (« nigga ») était forcément un gangster.

Pour se libérer, Collin doit se remettre en cause et faire face à ses propres préjugés. Et ce dans une ville, (Oakland en Californie), qui est elle-même en pleine mutation : la fièvre immobilière oblige les plus pauvres à quitter le centre-ville, et céder la place aux hipsters.

Avec son montage nerveux, ses embardées oniriques – cauchemars, visions… -, sa photo parfois digne d’un clip de gangsta rap, Blindspotting échappe aux écueils du film militant. Il n’en est que plus redoutablement efficace pour dénoncer la violence et les stéréotypes raciaux.

Blindspotting, de Carlos López Estrada, sorti en France le 8 octobre, 1h35.

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