Le ministre de la transition écologique, François de Rugy, voit dans le succès de la pétition sur le climat lancée voici une semaine par quatre associations de défense de l’environnement une réponse au mouvement des « gilets jaunes ».

Le site internet « L’Affaire du siècle » affichait mardi plus de 1,7 million de signataires, un record en France, loin devant la pétition des « gilets jaunes » réclamant une baisse du prix des carburants. Interrogé par Le Parisien, François de Rugy se déclare mardi 25 décembre « agréablement surpris » et « heureux que les citoyens s’expriment pour lutter contre le dérèglement climatique ».

La Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre Affaire à tous et Oxfam France ont pourtant décidé d’assigner l’Etat français devant le Tribunal administratif de Paris pour « inaction face aux changements climatiques ». Leur objectif est de faire reconnaître par le juge « l’obligation de l’État d’agir pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, afin de protéger les Français face aux risques induits par les changements climatiques ».

Ces quatre ONG ont déjà adressé un « recours en carence fautive » à Emmanuel Macron, au premier ministre Edouard Philippe et à d’autres membres du gouvernement, et lancé la pétition « L’affaire du siècle » en soutien à cette initiative.

« Une pétition pour attaquer l’Etat, non »

Prié de dire s’il l’aurait signée, François de Rugy répond dans l’interview publiée par Le Parisien sur son site internet : « Une pétition pour le climat, oui je signe. Une pétition pour attaquer l’Etat, non ». Il reconnaît que les ONG sont dans leur rôle d’aiguillon mais estime que baisser les émissions de gaz à effet de serre ne passera pas par un tribunal. « Ce n’est pas à des juges de forcer le gouvernement à prendre une loi », dit-il.

Il n’en n’admet pas moins que le succès de la pétition pourrait l’aider lors de prochains arbitrages. « Mon hypothèse est que le succès de cette pétition est peut-être aussi une réplique aux mouvements des gilets jaunes, qui parlent parfois de l’écologie comme d’un problème », dit-il. François de Rugy espère néanmoins que cela ne traduit pas une fracture entre deux France et estime que le rôle des responsables politiques est précisément de « trouver le bon équilibre » et de « dépasser les contradictions » de la société.

Aux quatre ONG, qui accusent l’Etat français de ne pas tenir ses engagements en matière de réduction des gaz à effets de serre, il répond que ces émissions baissent en fait en France depuis 30 ans mais qu’elles ont légèrement remonté en 2017. Il impute cette remontée à une augmentation du transport logistique du fait d’un regain de croissance et du développement du commerce en ligne. « Probablement aussi parce qu’on a dû faire plus appel aux centrales thermiques car les hivers étaient rigoureux et plusieurs centrales nucléaires étaient en arrêt. »

« On n’abdique pas »

Le ministre reproche également aux précédents gouvernements de ne pas avoir mis en oeuvre les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés en 2016. « Les mesures mises en oeuvre dès le début du quinquennat commencent à porter leurs fruits », assure François de Rugy. « Au trimestre dernier, pour la première fois, les émissions du transport ont commencé à baisser. »

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« On n’abdique pas », poursuit-il. Selon lui, la question de la taxe carbone, déclencheur du mouvement des « gilets jaunes », sera de nouveau posée dans le cadre du débat national qui sera lancé en janvier pour tirer les conséquences de cette crise. « Doit-on abandonner ou doit-on remettre cette proposition sur la table ? (…) La crise récente montre que ce n’est pas un choix évident », reconnaît le ministre. « L’objet de cet exercice démocratique sera de trouver où placer le curseur entre contrainte et besoin d’agir pour le climat. »

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