La Cour pénale internationale a décidé, ce mardi 15 janvier 2019, l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Les deux hommes étaient poursuivis pour crimes contre l’humanité après les violences postélectorales de 2010 et 2011. Une décision très commentée par la classe politique, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Partisans, analystes politiques ou journalistes, ils sont nombreux à exprimer publiquement leur avis. Entre enthousiasme et consternation, la décision de l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé par la CPI fait beaucoup réagir.

Pour Alafé Wakili, journaliste et auteur de Notre histoire avec Laurent Gbagbo, la libération de l’ex-chef d’État « dessine le match retour de 2020. Cet acquittement ouvre de nouvelles perspectives sur la scène politique ivoirienne. Mais, à mon avis, si Laurent Gbagbo doit revenir, il doit le faire de manière responsable, prévient-il. S’il continue à adopter la posture du prisonnier, dans le déni, qui crie à l’injustice, il y a un risque de tensions. Chacun doit mettre de l’eau dans son vin et tirer les leçons de ces sept dernières années. Alors, à ce moment-là, on pourra tourner la page », a-t-il commenté au Point Afrique.

Pour l’écrivain, c’est le « soulagement généralisé » qui prévaut pour le moment en Côte d’Ivoire. « Les plus satisfaits, hormis ses militants, sont ses nouveaux alliés qui, pour certains, sont encartés au sein du PDCI. Mais c’est aussi un soulagement, je pense, pour ses adversaires. Laurent Gbagbo a fait sept ans de prison, la page va peut-être se tourner. Et le fait que la décision émane de l’étranger engendre une certaine neutralité. Les réactions auraient peut-être été plus violentes si cette décision avait été prise par une cour ivoirienne. »

Les associations de droits de l’homme en colère

Du côté des groupes de défense des droits de l’homme, en revanche, l’heure est à la consternation. Dans un communiqué intitulé « Acquittements de Gbagbo et Blé Goudé par la CPI : vers l’impunité totale des crimes de 2010-2011 ? », la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH) pose en substance cette question : si Gbagbo est innocent, qui est coupable des violences ayant engendré près de 3 000 morts ? « Nous demandons au bureau de la procureure de faire appel de cette décision pour que soit effectivement retenue la responsabilité pénale de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, a affirmé la représentante permanente de la FIDH auprès de la CPI, Amal Nassar. La Cour, dans son ensemble, devrait apprendre de ses difficultés à poursuivre et à condamner les leaders politiques portant les plus hautes responsabilités dans la perpétration de crimes contre l’humanité, et revoir ses politiques en conséquence. »

Du côté de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme, on assure que « si l’acquittement de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé démontre que les droits de la défense sont respectés devant la CPI, il s’agit aussi d’une nouvelle désastreuse pour les victimes qui se retrouvent sans aucun recours possible », a exprimé Pierre Adjoumani Kouamé, son président, dans le même communiqué.

Enthousiasme du côté des politiques

Sur Twitter, Jean-Pierre Bemba, ex-chef de guerre congolais acquitté lui aussi par la CPI en juin 2018 des accusations de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité », a partagé son soulagement. « La justice a tranché, le froit les a innocentés. Ravi de voir mes frères Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé acquittés et recouvrer leur liberté », a-t-il tweeté.

En Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo, femme de l’ancien président et amnistiée par Alassane Ouattara le 6 août 2018, a laissé exploser sa joie. « C’est une décision que j’attendais depuis le début », a-t-elle déclaré de son domicile à la presse, des propos relayés par l’AFP. « Ma conviction était faite, le président Laurent Gbagbo n’est pas coupable de tout ce dont on l’accusait. Aujourd’hui, la vérité est proclamée par les juges eux-mêmes », a-t-elle assuré, ajoutant que l’ex-président « n’aurait jamais dû être arrêté ni déporté à la CPI ». « Je l’attends ici le plus rapidement possible. Le président du parti est libéré, il revient au pays, c’est la joie. »

Même enthousiasme chez Assoa Adou et les responsables du Front populaire ivoirien (FPI), parti de l’ex-chef d’État divisé aujourd’hui en deux branches rivales. « C’est une joie immense qui m’envahit », a déclaré, à son domicile, le secrétaire général et numéro deux du FPI, après avoir suivi en direct à la télévision l’audience de la CPI. « Nous venons de faire un grand pas vers la réconciliation […], bientôt la Côte d’Ivoire sera en paix », a-t-il ajouté.

Son « rival » au sein du parti, Pascal Affi N’Guessan, a, quant à lui, déclaré : « C’est un sentiment de joie et de soulagement. Nous y avons toujours cru parce que nous n’avons jamais douté de leur innocence. » « Pour le FPI, les conditions sont réunies pour l’unité en vue de la reconquête du pouvoir en 2020 », lors de la présidentielle, a-t-il assuré.

Les réseaux sociaux entre joie et consternation
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées. Si certains partagent la joie des militants pro-Gbagbo, à l’image des scènes de liesse observées notamment à Yopougon et Gagnoa, ville natale de Laurent Gbagbo, d’autres dénoncent une décision injuste et affirment que le jugement rendu scelle la fin des condamnations des criminels.

Publié le 15/01/2019 à 16:09 | Le Point Afrique