Avec 40 000 observateurs déployés, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo ont annoncé qu’ils disposaient du nom du vainqueur de la présidentielle.

« La Cenco constate que les données en sa possession issues des PV des bureaux de vote consacrent le choix d’un candidat comme président de la République. À cet effet, la Ceni est appelée à publier les résultats des élections dans le respect de la vérité. »

Alors que la commission électorale (Ceni) a envisagé de reporter l’annonce des résultats officiellement en raison de la lenteur du processus de dépouillement, la Conférence épiscopale nationale du Congo, plus communément appelée la Cenco, n’entend pas laisser le temps à l’instance organisatrice des élections.

La plus grande mission d’observation électorale du pays

Dès hier, jeudi 3 janvier, après-midi, son porte-parole et secrétaire général l’abbé Donatien Nsholé a présenté un rapport préliminaire des observateurs catholiques qui a fait l’effet d’une bombe. En effet, la Cenco « constate que les données à sa disposition issues des procès-verbaux des bureaux de vote consacrent le choix d’un candidat comme président de la République », a déclaré le prélat. « Il est important de souligner que les irrégularités observées n’ont pas pu entamer considérablement le choix que le peuple congolais a clairement exprimé dans les urnes. »

Mais, pour ne pas tomber sous le coup de la loi qui réserve à la commission électorale la primeur de l’annonce des résultats, les évêques catholiques n’ont pas divulgué le nom du vainqueur qu’ils confirment détenir, mais ont choisi de cibler directement la Ceni en l’invitant à « publier en toute responsabilité les résultats des élections dans le respect de la vérité et de la justice ». De son côté, la Ceni affirme n’avoir centralisé que 20 % des résultats en provenance des 73 000 bureaux de vote.

La position de l’Église n’est pas surprenante : déjà en décembre 2011, lors de la réélection contestée du président Kabila, l’ex-archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo déclarait alors que « les résultats proclamés par la commission électorale ne sont conformes ni à la vérité ni à la justice ». Par cette allusion, la Conférence laisse entendre qu’elle est en mesure d’annoncer ses propres résultats, quitte à contredire la commission électorale.

Vers un bras de fer avec la Ceni et le pouvoir  ?

Le président de l’institution, Corneille Nangaa, n’a pas officiellement réagi. Mais la majorité pro-Kabila a dénoncé vendredi « l’attitude partisane, irresponsable et anarchique » de la Cenco. La coalition au pouvoir Front commun pour le Congo (FCC) cite nommément le secrétaire général de la Cenco, l’abbé Nshole Donatien, qui « se permet de proclamer en toute illégalité des tendances culminant au choix à la présidentielle d’un candidat déjà bien identifié ». « Cela viole gravement autant la Constitution, la loi électorale que la charte de bonne conduite, lesquelles imposent aux parties prenantes de ne pas proclamer lesdits résultats, attribution reconnue à la seule commission électorale nationale indépendante », a ajouté ce porte-parole, Barnabé Kikaya Bin Karubi, par ailleurs conseiller du président Kabila, cité par l’AFP.

Mercredi, c’est le président de la mission d’observation de l’Union africaine, l’ex-président malien Dioncounda Traoré, qui avait demandé à deux reprises que les futurs résultats proclamés soient « conformes à la volonté des électeurs ».

Les pressions augmentent de toutes parts sur les autorités congolaises pour que la commission électorale proclame des résultats à la présidentielle conformes au choix des électeurs et qui pourraient être favorables à un candidat de l’opposition pour la succession du président Joseph Kabila. Cinq jours après les élections présidentielle, législatives et provinciales du 30 décembre, la crise politique congolaise inquiète bien au-delà des frontières du pays alors que, depuis dimanche, les autorités ont suspendu l’accès à Internet, aux SMS, à la radio RFI, et que la commission électorale a envisagé de reporter l’annonce des résultats officiellement en raison de la lenteur du processus de dépouillement.

Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU a été convoquée pour ce vendredi à 20 heures GMT à New York à la demande de la France, pays qui prend l’initiative des résolutions sur la paix et la stabilité en RDC.

(Publié le 04/01/2019 à 18:21 | Le Point Afrique)