Rien ne dit encore, estime le sociologue Smaïn Laacher dans une tribune au « Monde », que la réforme du droit de l’héritage proposée par le président Béji Caïd Essebsi se concrétisera. Mais la Tunisie fait montre, une nouvelle fois, de son originalité dans le monde arabo-musulman.

Le Monde
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Tribune. Il y a un an, une parole d’Etat, celle du président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, proposait de modifier deux dispositions très sensibles, explicitement codifiées en défaveur des femmes : celle de l’héritage et celle du mariage avec un non-musulman. Rappelons pour mémoire qu’en Tunisie, conformément à la loi coranique, une femme n’hérite que de la moitié de ce qui revient à son frère (verset 11 de la Sourate des femmes : « Dieu vous recommande, en ce qui concerne vos enfants : aux mâles l’équivalent de la part de deux femmes… »). De plus, en aucun cas elle ne peut prendre cette décision jugée hérétique d’épouser un non-musulman, et ce conformément à une circulaire de 1973 que le président Essebsi a promis d’effacer du paysage juridique.

Comme il se doit en pareille circonstance, le pouvoir central a nommé, fin 2017, une commission appelée la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), chargée de faire des propositions sur de nouvelles « libertés individuelles » et une « égalité » réelle entre les citoyens. Cette commission est présidée par la députée Bochra Belhadj Hmida, militante internationalement connue pour son combat pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Les objets de litige sont nombreux et publics entre Tunisiens : le délai de remariage des femmes, l’homosexualité, la peine de mort, le statut du chef de famille (en arabe dialectal : moul dar, « le maître de la maison »), etc.

Mais ce qui a suscité controverses et anathèmes, ce sont seulement deux « ouvertures » : l’égalité dans l’héritage et le mariage avec des non-musulmans. L’enjeu est ici, en particulier en matière successorale, indissociablement symbolique et socio-économique. Pour le moment, nous en sommes aux débats et aux indignations. Rien ne dit que cela se traduira en propositions législatives. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui le laissent entendre…

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