France Ô, jeudi 8 novembre à 20 h 55, documentaire

Un voyage de soixante-treize jours, de Nouméa à Marseille, puis deux années de combat dans les tranchées du front occidental. C’est l’effort de guerre que la France demande, entre 1916 et 1918, aux habitants de la Nouvelle-Calédonie. Ainsi, quelque 1 000 Caldoches et 1 000 Kanak sont envoyés pour épauler la République combattante – l’archipel, colonisé en 1853, compte alors 58 000 habitants. Si les Caldoches sont mobilisés en tant que citoyens français, les Kanak, sujets de l’empire, sont recrutés sur la base du volontariat.

Au front, les tirailleurs kanak se distinguent par leur bravoure ; 382 d’entre eux sont tués

Rares sont les engagements spontanés. Les chefs de tribu fournissent les hommes dont ils souhaitent se débarrasser. Des banquets sont organisés pour attirer les jeunes auxquels on promet de l’argent, des terres, une légitimité nouvelle. En 1917, les Kanak qui n’ignorent plus l’atroce réalité des combats se soulèvent. Leur révolte est réprimée dans le sang. Au front, les tirailleurs kanak se distinguent par leur bravoure ; 382 d’entre eux sont tués. L’historienne Sylvette Boubin-Boyer a passé plus de vingt ans à fouiller dans les archives pour retracer leurs parcours.

Reconnaissance tardive

Parmi eux, Kalepo Wabete. Né en 1889 sur l’île de Tiga, ce cultivateur est incorporé le 21 mars 1916 dans un bataillon d’ouvriers. Il travaille d’abord sur les chantiers de la Côte d’Azur, avant de rejoindre, en avril 1917, le bataillon mixte du Pacifique en première ligne dans l’Aisne. C’est là, à Vesles-et-Caumont, qu’il est tué le 25 octobre 1918. Jusqu’en octobre 2017, il était enterré non loin, à Flavigny-le-Petit.

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A la demande de ses petits-­enfants, l’Etat français a rapatrié sa dépouille à Tiga. Un hommage qui vient s’ajouter à un autre geste de reconnaissance tardif : à Nouméa, le nom des soldats kanak morts pour la France ne fut inscrit sur le monument aux morts qu’en 1998. C’est à travers ce destin que François Reinhardt raconte l’histoire de ces tirailleurs des antipodes. S’appuyant sur les éclairages d’historiens, il replace leur engagement dans le contexte de l’époque. Pour l’administration coloniale, qui, à la veille de la guerre, considère les Kanak comme des sauvages, l’enjeu va être d’en faire des soldats de la République combattante. La guerre va leur faire prendre conscience qu’ils ont une position dans leur empire et les faire appréhender les îles de leur archipel comme une entité commune.

Kalepo, un Kanak dans la Grande Guerre, de François Reinhardt (France, 2018, 50 min). www.france.tv/france-o

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