Il est maintenant établi que l’homme qui a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 30 décembre en République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a utilisé un faux certificat pour poser sa candidature. Cela a été démontré par … la justice belge, à la demande de la justice congolaise. Le parquet-général de la Cour d’appel de Matete (Kinshasa) avait envoyé pour cela à Bruxelles, au mois d’août déjà, une « commission rogatoire internationale ». Une demande d’entraide judiciaire. Les collègues belges ont pris cette mission très au sérieux.

Les rumeurs sur le faux diplôme du candidat à la présidence Félix Tshisekedi circulent depuis des mois déjà au Congo. Des médias congolais et belges en ont reçu la confirmation auprès de l’école concernée, à savoir l’Institut des Carrières Commerciales (ICC) à Bruxelles. Des porte-paroles de l’UDPS, le parti de Félix Tshisekedi, répondent chaque fois que le candidat président n’a pas du tout utilisé le document en question pour présenter sa candidature.

Au Congo, un candidat au poste de président doit soit présenter un diplôme d’études supérieures, soit pouvoir prouver cinq ans d’expérience professionnelle en politique, dans l’administration ou dans le domaine économique.

Des documents obtenus par la rédaction de VRT NWS démontrent maintenant de façon irréfutable que Félix Tshisekedi a effectivement présenté ledit document pour soutenir sa candidature, mais aussi que la justice congolaise a douté depuis le début de l’authenticité du diplôme et l’a fait inspecter par la justice belge.

Commission rogatoire internationale

La demande d’entraide judiciaire a été envoyée le 7 septembre (2018), depuis l’ambassade du Congo à Bruxelles, au service public fédéral Affaires Etrangères. A peine un mois plus tard l’enquête judiciaire était terminée.

Il en ressort, sans aucun doute possible, que l’attestation présentée est effectivement fausse. Le directeur de l’école concernée le confirme formellement et y ajoute le dossier complet d’étudiant de Félix Tshisekedi. On peut y lire que le candidat congolais à la présidence a été régulièrement inscrit à l’ICC sur une période de plus de 20 ans, mais n’a jamais passé suffisamment d’examens avec un résultat satisfaisant que pour réussir même une seule année supérieure.

Le 21 novembre 2018 déjà, les Affaires Etrangères remettaient les conclusions de l’enquête à leurs collègues congolais. Donc plus d’un mois avant les élections présidentielles du 30 décembre. Entretemps, la candidature de Félix Tshisekedi avait pourtant été approuvée, dès le 19 septembre, et cela bien que la justice congolaise ait soupçonné depuis le début qu’un faux document avait été déposé. Même après la réception des conclusions de la justice belge, la situation n’a pas été modifiée.

Une question délicate

Cette approche congolaise laisse soupçonner que d’autres éléments sont en jeu. Il se pourrait éventuellement que Tshisekedi ait remis la preuve qu’il possède cinq années « d’expérience professionnelle », mais cela n’apparait pas sur le curriculum vitae qui est joint à son acte de candidature. Ce CV cite uniquement du travail de classement dans une compagnie d’assurance, sa propre petite société de courrier rapide, et un travail d’employé à la Banque de la poste.

Quoi qu’il en soit, il a joint à son dossier un faux document, ce qui devrait déjà être lourd de conséquences. Mais sa candidature a tout de même été acceptée, contrairement à celle par exemple d’opposants de poids comme Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi. Il se pourrait donc que le régime Kabila – qui contrôle en grande mesure tant la Commission électorale « indépendante » que la justice – ait vu et voit un avantage à permettre à un opposant moins dangereux de prendre part aux élections, ne fût-ce que pour disperser les voix anti-Kabila.

« Président » Kabila

Maintenant que Félix Tshisekedi (photos) a été proclamé, de façon assez inattendue, vainqueur de ces élections, ce dossier offre encore un autre avantage aux vrais hommes forts du Congo. Ils possèdent en effet un moyen de chantage assez puissant. Après sa prestation de serment, le président Tshisekedi pourra être destitué à n’importe quel moment, sur base de l’enquête judiciaire qui a, de plus, été menée par des collègues belges, donc indépendants du clan Kabila.

Quand un président « n’est plus en état de gouverner », selon les termes de la Constitution, le président du Sénat devient alors temporairement président et des élections doivent être organisées au plus tard endéans les quatre mois. L’expérience des années passées montre cependant que le délai légal endéans lequel des élections doivent être organisées est assez extensible au Congo…

A cela s’ajoute que des rumeurs déjà tenaces circulent au Congo, selon lesquelles le nouveau président du Sénat deviendrait … Joseph Kabila (photo), l’homme qui est déjà au pouvoir dans le pays depuis 2001. Si ce scénario se confirme, alors Kabila pourra tout simplement redevenir président, officiellement « ad interim », à n’importe quel moment qui lui conviendra. Au Congo, les constructions les plus invraisemblables peuvent, tôt ou tard, devenir réalité.

Tant le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders que le ministre de la Justice Koen Geens ne veulent actuellement donner aucun commentaire à la VRT sur le travail de la justice belge dans ce dossier. Ce dernier est en effet un peu trop sensible. Leurs porte-paroles confirment cependant que la justice belge a aidé ses collègues congolais à leur demande, rapidement et suffisamment.

VRT NWS