Le parti du président togolais, Faure Gnassingbé, a obtenu une majorité de 59 sièges sur les 91 de l’Assemblée nationale à l’issue des législatives du 20 décembre, selon les résultats officiels provisoires publiés lundi 24 décembre. Précédé de violences, le scrutin avait été boycotté par la principale coalition de l’opposition.

L’Union pour la République (UNIR) aura besoin de ses alliés au Parlement pour faire adopter une réforme constitutionnelle qui permettrait à Faure Gnassingbé de se représenter pour deux mandats supplémentaires, en 2020 et 2025. Au pouvoir depuis 2005, le chef de l’Etat a succédé à son père, le général Gnassingbé Eyadema, qui avait dirigé le Togo d’une main de fer pendant trente-huit ans.

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Sans les principaux partis d’opposition, qui avaient dénoncé des « irrégularités » dans la préparation du scrutin, l’UNIR – qui comptait 62 élus dans l’Assemblée sortante – pouvait espérer remporter les quatre cinquièmes des sièges (soit 73 députés) afin d’être en mesure d’adopter cette réforme constitutionnelle. Toutefois, le parti compte sur son allié principal, l’Union des forces de changement (UFC) de l’ex-opposant historique Gilchrist Olympio, arrivée en deuxième position avec six députés, et les indépendants pour au moins atteindre ce seuil de 73 élus.

Un an de crise politique

Au total, 850 candidats issus de 130 listes (105 présentées par 12 partis politiques et 25 indépendantes) ont pris part à ces élections. Le taux de participation officiel est de près de 60 % des inscrits, les partis boycottant le scrutin ayant invité leurs partisans à ne pas s’inscrire sur les listes électorales.

Ces résultats seront transmis à la Cour constitutionnelle, qui dispose de huit jours pour proclamer les résultats définitifs après avoir examiné les éventuels recours.

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Après plus d’un an de grave crise politique et des dizaines de marches de protestation, massives pour certaines, la coalition de 14 partis politiques de l’opposition (C14) n’avait pas présenté de candidats. Ces formations n’auront donc plus aucune représentation au Parlement. Elles ont toujours réclamé davantage de transparence et des réformes constitutionnelles pour permettre la limitation du mandat présidentiel.

« La coalition et le peuple ont rejeté toute notion d’élections dans les conditions qui prévalent. Donc les résultats ne correspondent pas aux attentes des Togolais qui n’y ont pas participé », a déclaré à l’Agence France-Presse Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais et membre de la C14. « La lutte continue et elle sera encore plus rude après » ce scrutin, a-t-il averti.

Elections « libres et transparentes »

Les observateurs de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avaient salué la bonne tenue de ces législatives, qui se sont déroulées dans le calme et sous haute surveillance.

Les dirigeants ouest-africains qui ont servi de médiateurs ont salué, samedi, des élections « libres et transparentes », conformes à leur feuille de route pour une sortie de crise au Togo. Ils ont « fortement regretté » le boycottage du scrutin par la C14 « malgré les efforts considérables déployés par les facilitateurs pour favoriser des élections inclusives avec une participation équitable de tous les acteurs à la CENI [Commission électorale nationale indépendante] », la commission électorale.

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L’opposition a, de son côté, dénoncé la « partialité » de la Cedeao. Elle considère qu’elle n’avait pas suffisamment de représentants à la CENI pour assurer un scrutin libre et équitable. Elle affirme également que la constitution des listes électorales a été bâclée.

En amont du scrutin, l’opposition avait appelé à manifester pendant une dizaine de jours pour exiger l’arrêt du processus électoral et appelé au boycottage. Dans des violences préélectorales sporadiques, au moins quatre personnes ont été tuées (six selon l’opposition) les 8 et 10 décembre, à Lomé et dans le centre du pays.

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