En République démocratique du Congo, les voix ne cessent de se lever pour dénoncer les conditions dans lesquelles les élections générales sont préparées et organisées. La déclaration récente de Mê Michel Kanama, juriste procédurier indépendant et opposant bien connu pour sa rigueur dans l’application des procédures et ses positions très critiques dénonciateurs vis-à-vis du régime de Kinshasa, relance le débat quant à la crédibilité et la garantie même du processus électoral en RDC avec Joseph Kabila encore comme président de la République.

«Les démonstrations impressionnantes avec expositions de camions militaires, avions et autres shows gouvernementaux ne sont que de la farce politique dissuasive pour distraire l’opinion nationale et internationale. Les élections ne pourront se tenir dans le délai prévu. Préconiser impérativement le report des élections du 23 décembre et engager une transition sans Joseph Kabila constitue un préalable fondamental qui garantit le processus électoral en RDC.», a déclaré le président du Congrès de Résistance Patriotique, Mê Michel Mutikila Kanama à Congotribune.net.

«Le régime Kabila n’a ni volonté politique, ni bonne foi, ni moyens nécessaires et encore le temps matériel pour organiser les élections qu’il pourra absolument perdre. Comment peut-on faire confiance à un président de la République [Joseph Kabila] qui a maintenu l’incertitude jusqu’au bout, a violé systématiquement la constitution et instrumentalisé les institutions nationales, en l’occurrence la Ceni, sapé le processus électoral depuis la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en décembre 2016 pour engager des grandes manœuvres politiques afin de se pérenniser au pouvoir par la violence contre la volonté du peuple? Comment adhérer aussi naïvement à un processus de vote avec la machine à voter imposée aux adversaires politiques par une partie via de la Ceni qui est, comme tout le monde le sait, qu’une caisse de résonnance du régime en place », a-t-il poursuivi.

D’après Michel M.Kanama, il faut d’abord simplifier le président sortant Joseph Kabila en un simple citoyen, ensuite préconiser le report des élections du 23 décembre, mettre en place une transition sans le président sortant Joseph Kabila, sans Commission électorale, sans parlement actuel pour déminer le terrain et baliser le chemin pour un processus électoral inclusif crédible et démocratique. Tous les 25 candidats à la présidence de la République, au départ du dépôt de leurs candidatures, doivent être inclusivement retenus, les prisonniers politiques et prisonniers d’opinion libérés.

Mê Michel M.Kanama considère qu’au regard des faits qui ont caractérisé le séjour du président Joseph Kabila aux affaires, cette option demeure le gage d’une organisation des élections démocratiques inclusives, crédibles particulièrement en République démocratique du Congo d’après Kabila avec un bilan si sombre de près de 18 ans d’un régime dictatorial caractérisé principalement par la violence, les crimes en séries, crimes humanitaires et économiques, violations systématiques des droits humains, conflits armés, répressions et assassinats des opposants.  «Le processus électoral a été torpillé, faussé et manipulé ; ce qui entrainera aux faux résultats», a-t-il conclu.

Pour rappel, le président Joseph Kabila aurait dû quitter le pouvoir le 20 décembre 2016, à la fin de son deuxième et dernier mandat. Jusqu’au bout, il aura maintenu le suspense plongeant le pays dans une profonde crise politique. Sous pression de la population, des institutions régionales et de la communauté internationale, le président Joseph Kabila s’est finalement plié à la Constitution en se déclarant hors-jeu à la présidentielle du 23 décembre 2018. Et ce après dix-sept années de pouvoir. C’est finalement un homme du sérail, Emmanuel Ramazani Shadary, actuel secrétaire permanent du parti présidentiel PPRD qui défendra les couleurs du camp présidentiel à travers le Front commun pour le Congo en décembre prochain.

Âgé de 47 ans, Joseph Kabila a déjà passé plus de 17 années au pouvoir. Il y a été propulsé après l’assassinat de son père adoptif, Laurent-Désiré Kabila, en janvier 2001. Il est en revanche élu en 2006 et réélu en 2011 au terme des scrutins entachés d’irrégularités et fraudes massives, vivement contestés et dénoncés par la communauté nationale et internationale. Et à la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en décembre 2016, il refuse de quitter le pouvoir. L’accord politique de Saint Sylvestre lui permet de rester en place moyennant des élections avant la fin 2017, encore reportées au 23 décembre 2018. Des journées de violences s’ensuivent et la répression politique envers les opposants et la population n’a depuis cessé de se durcir.

S’arrêter ? Se représenter envers et contre tous ? Jusqu’à la dernière minute, le président Joseph Kabila a soufflé le chaud et le froid et maintenu le suspense. D’ordinaire mutique, ne s’exprimant qu’en de rares occasions, il a finalement annoncé mercredi 8 août, le nom de son dauphin, l’ex-ministre de l’intérieur Emmanuel Ramazani Shadary. La Commission électorale (in)dépendante, quant à elle,  s’inféode au pouvoir en place, impose sans consensus la machine à voter, rejette tout dialogue avec l’opposition et exclut les candidatures des opposants redoutés à la présidentielle.

1 COMMENT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.