Estimant avoir obtenu gain de cause et pouvoir faire confiance au nouveau régime de Félix Tshisekedi, les membres du Comité laïc de coordination (CLC) entrés en clandestinité pour leur protection, lors des marches contre Joseph Kabila, ont mis fin à leur réclusion. Ils comptent désormais travailler sur la « surveillance de la gouvernance de la République ».

C’est la fin d’une longue clandestinité. Après treize mois de réclusion, les membres du Comité laïc de coordination (CLC) ont décidé de sortir de l’ombre le 29 janvier. Une date symbolique, durant laquelle s’est tenue une messe en mémoire des victimes de la répression contre marches anti-Kabila, alors au pouvoir, dont ils refusaient un troisième mandat.

Le « taux d’insécurité qui était très élevé autour de nous a sensiblement diminué », constate auprès de Jeune Afrique Jonas Tshiombela, porte-parole du mouvement.

« Je ne crains pas ce nouveau régime, j’ai confiance. Pour nous, c’est la fin de la clandestinité », témoigne de son côté Gertrude Ekombe, l’une des deux femmes membres du directoire du CLC.

Et pour cause : le régime a changé. Quelques jours après le départ de Joseph Kabila et l’investiture de Félix Tshisekedi, les membres du collectif catholique – soutenu par l’influent épiscopat – estiment avoir obtenu gain de cause. « On a combattu pour qu’il y ait des élections, elles ont bel et bien eu lieu donc nous estimons que notre travail a été bien fait », poursuit Gertrude Ekombe.

Répondant à l’appel de l’épiscopat du 23 juin 2017 – intitulé « le pays va très mal, debout Congolais ! » -, le CLC avait directement pris part à la crise politique congolaise le 2 décembre 2017. Dès le 28 décembre, trois jours avant la première marche, huit responsables du CLC étaient entrés en clandestinité, après l’émission d’un mandat d’arrêt contre eux.

Une réclusion difficile…

« Nous avons imposé un vide à nos familles. On était obligés de se retirer de nos quartiers pour se mettre à l’abri. Les dirigeants nous traquaient et il était très important que nous puissions nous protéger », témoigne la militante et mère d’une famille, qui a pu reprendre le cours normal de sa vie et le travail.

Durant toute leur réclusion, leurs numéros de téléphones étaient repérés et mis sous écoute par les services de sécurité. Poursuivis par les autorités, ils ne pouvaient pas être évacués hors de Kinshasa par la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco). Les rencontres avec les journalistes étaient rares.

Dans sa réclusion, Léonie Kandolo, première à occuper le poste de porte-parole au sein du mouvement, est tombée malade pour cause de carence en vitamine D, due au manque de soleil.

« On ne s’attendait pas à ce que la situation évolue de cette façon », témoigne-t-elle aujourd’hui, ravie.

…mais nécessaire

La réclusion, pourtant, semblait nécessaire à ces intellectuels, professeurs et activistes du CLC. « Si nous étions en prison, nous n’aurions pas pu organiser une deuxième et une troisième marche [les 31 décembre 2017, 31 janvier 2018 et 25 février, ndlr] », justifie le professeur Isidore Ndaywel è Nziem, modérateur du collectif catholique.

« Nous avions pensé que pour sécuriser notre action, comme nous le demandait le peuple, il fallait nous mettre à l’abri », poursuit-il, en soulignant fièrement que les Congolais représentent le « seul peuple en Afrique centrale capable d’empêcher un troisième mandat ».

Le CLC se mue en sentinelle de la bonne gouvernance
Interdites par les autorités de Kinshasa, les trois marches réalisées avec des bibles à la main, des rameaux, effigies mariales et crucifix, étaient violemment réprimées par les forces de sécurité, qui usaient de balles réelles contre les protestataires.

Aujourd’hui le mouvement a pris forme. Il s’est étendu à travers les provinces et compte désormais travailler sur la « surveillance de la gouvernance de la République », selon Jonas Tshiombela, son porte-parole, ayant « peur que la population congolaise soit déçue » par le nouveau régime.

« Nous continuons mais notre combat n’est pas une question d’individu, c’est une question de système et là nous avons encore des choses à faire », complète Isidore Ndaywell, en soulignant substantiellement le manque de « vérité dans les urnes ». « L’État de droit n’est pas encore là, les libertés publiques ne sont pas encore acquises », nuance-t-il, poussant le comité agréé par l’archidiocèse de Kinshasa de s’offrir de nouveaux chantiers, affirme le professeur.

Le collectif s’intéresse peu de savoir si le nouveau président – contraint de partager son pouvoir avec le clan Kabila, majoritaire à l’Assemblée nationale – aura une manœuvre limitée au pouvoir. « Du moment que Kabila n’est plus président, c’est qu’il n’est plus là », déclare Léonie Kandolo.

Avec Jeuneafrique