Le président Félix Tshisekedi a annoncé lundi qu’il suspendait « l’installation » des sénateurs élus vendredi sur fond d’accusations de corruption en République démocratique du Congo, en promettant des poursuites judiciaires pour « débusquer » les élus corrompus.

Trois mesures fortes ont été annoncées à l’issue d’une réunion interinstitutionnelle qui s’est tenue ce lundi, à la suite des manifestations contestant les résultats des sénatoriales : la suspension de l’installation des sénateurs élus, le report sine die de l’élection des gouverneurs et l’ouverture d’une enquête sur les soupçons de corruption.

Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, avait prévenu. La réunion interinstitutionnelle de ce lundi devait déboucher sur des annonces « importantes ». De fait, les mesures annoncées sont fortes : suspension de l’installation des sénateurs élus, report sine die de l’élection des gouverneurs, qui était prévue fin mars.

Par ailleurs, le procureur devra prochainement ouvrir des enquêtes sur les soupçons de corruption qui pèsent sur l’élection, en vue d’« aboutir à la sanction des corrompus et corrupteurs ».

Des mesures prises dans le cadre de la réunion interinstitutionnelle, sous l’impulsion directe de Félix Tshisekedi,  confirmées à Jeune Afrique par le ministre intérimaire de l’Intérieur, Basile Olongo.

Les résultats des élections sénatoriales, rendus publics vendredi, ont donné une très large avance au Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila, crédité de 80 sièges de sénateurs, contre trois à Cap pour le changement, la coalition de Félix Tshisekedi. Des militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti au pouvoir, ont protesté samedi contre ces résultats au cours de manifestations émaillées de violences.

Colère au FCC, satisfecit à l’UDPS

Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et actuel secrétaire général de l’ancienne Majorité présidentielle, a vivement réagi suite à ces décisions. « Politiquement, c’est une décision forte, mais une réunion interinstitutionnelle est informelle et n’a pas le pouvoir de prendre des décisions », a-t-il déclaré à Jeune Afrique, assurant que sa famille politique « va lever des options bientôt ».

Félix Momat Kitenge, cadre du FCC, évoque pour sa part « la violation des articles 114 et 211 de la Constitution » et accuse l’UDPS de vouloir « brader l’alinéa 2 de l’article 69 de la Constitution, qui stipule que, “le président de la République et le garant du bon fonctionnement des institutions et services publics” ».

Il s’agit au contraire de « décisions responsables pour la paix et la stabilité des institutions de notre pays », rétorque Augustin Kabuya, secrétaire général adjoint de l’UDPS en charge de la mobilisation, implantation et communication. « Ce qui s’est passé ne pouvait être soutenu. C’était la corruption à ciel ouvert. C’est insensé de demander la preuve de la corruption. Comment expliquer qu’un parti avec 12 députés provinciaux se retrouver sans même un sénateur ? », s’emporte-t-il, jugeant que ces décisions sont nécessaires « vont ramener la paix entre les députés provinciaux et la base du parti ».

De son côté, l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), « salue la suspension de l’installation des sénateurs « élus », le report sans délai de l’élection des gouverneurs et l’injonction faite au Procureur de rechercher et poursuivre les corrupteurs et corrompus », a réagit sur Twitter Georges Kapiamba, président de l’ONG de défense des droits de l’homme.

(Avec jeuneafrique)