À la surprise générale, Joseph Kabila a fait de Emmanuel Ramazani Shadary son dauphin. Fort d’un solide réseau local, pourra-t-il fédérer son propre camp et, surtout, s’émanciper de la tutelle du chef de l’État ?

C’est un endroit discret dans le centre-ville de Kinshasa, au croisement des avenues Batetela et Gombe. De jeunes Kinois privilégiés ont pris place sur la terrasse. À l’intérieur du bâtiment, une boîte de nuit joue des anciens succès de la rumba congolaise. OK Jazz, Zaïko Langa Langa, Choc Stars… C’est ici qu’Emmanuel Ramazani Shadary a longtemps eu ses habitudes. Mais ça, c’était avant qu’à la surprise générale, le 8 août dernier, Joseph Kabila en fasse officiellement son dauphin et que la vie de cet homme, proche du président mais inconnu du grand public, bascule.

« C’était notre coin, raconte Adolphe Lumanu, l’un de ses bras droits. Mais vous vous doutez bien que, maintenant, il ne peut plus venir. Il est potentiellement le prochain chef de l’État ! » Sous la lumière des boules à facettes, cet ancien directeur de cabinet du chef de l’État dit ne pas avoir été surpris de le voir choisi comme candidat du Front commun pour le Congo (FCC) pour la présidentielle du 23 décembre. À l’en croire, le fidèle Ramazani a même toujours figuré sur la short list de Kabila. « Il ne le savait sans doute pas, mais le président le préparait depuis longtemps. »

« Coup sur coup »

C’est peu dire qu’Emmanuel Ramazani Shadary vient de loin. Né il y a 58 ans dans l’est de la RD Congo, dans un petit village du territoire de Kabambare, dont est aussi originaire Mama Sifa, la mère de Joseph Kabila, il grandit dans une famille modeste. Sa mère est vendeuse de poissons, et son père comptable pour une église locale.

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