Le patriarche ne sait plus se mouvoir tout seul. Sa voix est inaudible, son ouïe défaillante et ses gestes lents. Nonagénaire, Antoine Gizenga est tout de même candidat à la présidentielle prévue le 23 décembre en RDC.

Est-ce qu’il en est conscient ? Ou, du moins, le sait-il ? Pas sûr. D’autant que, depuis plusieurs mois, c’est son entourage familial qui gère tout à sa place, voire en son nom. L’ancien compagnon de Patrice Emery Lumumba (il fut vice-Premier ministre dans le premier gouvernement du Congo indépendant) représente aujourd’hui un « trophée » – terme employé par un cadre de son parti – que chacun, au sein de sa formation politique, le Parti lumumbiste unifié (Palu), brandit pour en tirer profit.

Car le nom de Gizenga n’a rien perdu de son aura, de sa superbe. Il résonne encore dans le grand Bandundu (Ouest), où le leader du Palu est arrivé en tête lors de la présidentielle de 2006, devançant Joseph Kabila, alors président sortant, et son vice-président et challenger Jean-Pierre Bemba.

2018 : de nouveau candidat

Mais, à l’époque, ses 13 % ne lui permettent pas d’accéder au second tour du scrutin. Antoine Gizenga soutient alors Joseph Kabila et devient ainsi le chef du gouvernement, après la victoire de son allié face à Jean-Pierre Bemba. Une année et quelques mois plus tard, le « vieux » démissionne. « Pour tout homme, même si l’esprit peut encore être sain et alerte, le corps physique a ses limites dont il convient de tenir compte », déclare-t-il, mettant ainsi fin à « près d’un demi-siècle de lutte pour la cause nationale ». Nous sommes à la fin septembre 2008.

Près de dix ans plus tard, paradoxe. Alors que le poids de l’âge semble avoir eu davantage raison de son esprit, Antoine Gizenga brigue de nouveau la magistrature suprême. En tout cas, son parti est allé déposer son dossier auprès de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). En août 2017, c’est la Ceni qui s’était déplacée à la résidence du patriarche pour l’inscrire sur le nouveau fichier électoral…

Gizenga candidat, c’est aussi insulter toute la jeunesse de la RDC

Plus choquant encore : cette fin de carrière pitoyable que ses proches imposent au vieil homme. Présenter aujourd’hui Gizenga à une présidentielle, alors qu’il ne peut ni s’adresser de vive voix à ses militants ni tenir un discours cohérent de bout en bout, c’est brader tout ce qu’il a représenté pour le pays. Gizenga paraît en effet être une marchandise politique au centre d’un deal en gestation entre son camp et celui du président Kabila.

Éviter la « gizengisation » de la classe politique

On se souvient encore de cette réunion surréaliste du mois de mars entre les deux hommes, à Kinshasa. Ce jour-là, certains caciques du Palu avaient conduit leur leader affaibli auprès du chef de l’État pour assurer ce dernier du maintien de l’alliance qui les unit depuis 2006.

Gizenga candidat, dans ces conditions, c’est aussi insulter toute la jeunesse de son parti, voire celle de l’ensemble de la RDC. On voudrait faire croire à cette dernière qu’elle n’a ni les compétences ni les qualités nécessaires pour reprendre le flambeau. Décidément, à l’instar de plusieurs autres formations politiques congolaises et africaines, au Palu aussi le père fondateur demeure intouchable. À vie. Seule la mort peut en décider autrement, si ce n’est une révolution du sérail, telle que vécue récemment au Zimbabwe, en Angola ou encore en Afrique du Sud.

En attendant, des déçus quittent le navire Palu et son commandant. C’est le cas de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito, jadis proche du patriarche, qui se présente à la présidentielle porté par d’autres regroupements politiques nouvellement constitués. Au législateur désormais la charge d’éviter aux Congolais cette « gizengisation » en limitant l’âge d’accès à certaines hautes fonctions de la République.

Lisez l’article a la source